Script in Französisch/Script in French/Script en français

by Pascale Letellier 

 


-  Ah ça ira, ça ira, ça ira...

- Vive la Révolution !

- Ah ça ira, ça ira, ça ira, les aristocrates à la lanterne, Ah ça ira, ça ira, ça ira, les aristocrates, on les pendra!

- Monsieur, le temps est compté. Il faut que vous partiez, je vous en conjure, il faut vous arrêter.

- Apporte-moi des chandelles. Je vais travailler tard cette nuit.

- Mais Monsieur…

- Et un verre de vin comme d'habitude.

Il fallait bien que ce monde change, mais la révolution est devenue terreur, et à mon tour je vais être emporté: Les certitudes rendent les hommes aveugles, et fous ; elles peuvent dévorer leur cœur et les changer en bête.

 

C'est en l'an 1764 que la bête apparut sur nos terres et les fit sienne. Un an plus tard, sa renommée dépassait les frontières de notre province, et l'on commençait à penser que nul mortel n'en viendrait jamais à bout. Sous ses assauts, le pays de Gévaudan s'enfonçait peu à peu dans les ténèbres.

Qui va là ?
Fronsac Qu'a t-il fait ? Qu'a t-il fait ?
C'est un voleur.
Fronsac Et elle ?
Sa fille. Foutue sorcière!
Jean Chastel Je suis guérisseur. J'ai soigné leurs chevaux, ils refusent de me payer: !
Ne l'écoutez pas, Monsieur. Les gens d'ici n'ont pas de parole.
Fronsac Les chevaux ont-ils guéri ?
Jean Chastel Ouais
Fronsac Allez, file!
Bienvenue au pays de la bête, Messeigneurs. Et prenez garde aux pièges à loups.

 

Le chevalier Grégoire de Fronsac, et l'homme que l'on appelait Mani n'étaient ni des chasseurs, ni des soldats. Naturaliste au jardin du Roi le chevalier avait à Paris une réputation bien établie de libertin, de bel esprit. Quant à celui qui le suivait comme son ombre, c'était un étranger, et on ne savait rien de lui.

A la nuit tombée, les deux voyageurs se présentèrent au château du Marquis d'Apcher, qui leur offrirait asile dans le Gévaudan aussi longtemps que durerait leur mission.

 

Marquis d’Apcher Nos gens n'auraient pas peur d'un simple loup. La bête est différente. Elle fuit les hommes comme si elle savait devoir les craindre, mais n'épargne ni femme ni enfant.
Fronsac L'avez vous jamais vue ?
Marquis d’Apcher Non.
Fronsac Alors pardonnez-moi, mais comment savez vous qu'il s'agit d'UN loup ?
Thomas Tous ceux qui lui ont survécu en font un portrait identique. La bête est bien plus grande qu'un loup. Et on dit qu'elle ne craint pas les balles des chasseurs.
Marquis d’Apcher Je comprends votre scepticisme, Fronsac. Pas plus que vous, je ne crois aux dragons. Mais j'ai fait établir pour vous un mémoire sur les crimes de la bête. Vous jugerez par vous-même.
Thomas Grand-père m'a dit que vous avez combattu les Anglais en Nouvelle France ?
Fronsac Oui. J'y étais parti pour y étudier les animaux et la nature, et j'en suis revenu avec quelques blessures et le grade de capitaine dans l'armée du Roi.
Marquis d’Apcher J'ai fait ouvrir un hôpital pour les victimes de la bête, dans un ancien prieuré.
Thomas C'est une femme de Lorcières. Elle rentrait de la foire quand la bête l'a attaquée sur le chemin. Deux compagnons sont venus à son secours, la bête s'est sauvée. Mais elle avait eu le temps de lui arracher la moitié du visage.
Marquis d’Apcher Dites-moi Chevalier, comment se porte Monsieur Buffon ? Et comment se porte Paris ?

 

Thomas Et "l'Ingénu", vous avez lu "l'Ingénu" ?
Fronsac Marquis, il est un peu tard pour parler philosophie.
Thomas Vous avez raison. Parlons théâtre. Vous connaissez des comédiennes ? Que donne t-on au théâtre cet hiver ?

(Vous pouvez poser là). On dit souvent qu'elles sont galantes. Je ne sais pas si c'est la vérité, mais j'ai lu que certaines offraient leurs charmes ! Racontez-moi !

Fronsac Voilà de quoi satisfaire ta curiosité.
Thomas Le "Mercure de France" ? Ici, nous n'avons que le" Courrier d'Avignon" ! Je vais te montrer la salle commune
Fronsac Laisse, il va dormir ici.
Thomas Très bien. Bonsoir chevalier
Fronsac Ce n'est pas Versailles, mais son vin est bon.

 

Jacques La bestia, es grosa como una vaca.
Père Georges Grosse comme une vache
Jacques Ei visti plan de lops. La bestia es pas un lop. Avia la gola enorme alongada, e las dens coma de cotels
Père Georges Jacques a vu de nombreux loups. Mais il dit que l'animal qui l'a attaqué n'en est pas un. Son museau était allongé ; ses dents, des couteaux.
Fronsac Et si c'était pas un loup, c'était quoi alors ?
Jacques Un diable !
Thomas Chevalier, la bête a attaqué une fille du côté de Saint-Alban.

 

Mani Là !
Thomas Du calme, Chevalier, il n'y a personne.
Duhamel Halte là. Qu'est ce qu'ils fichent ici ! Bougres de fils de putain !
Thomas Bonjour capitaine.
Duhamel Monsieur le Marquis ? Je vous présente mes respects. Prenez garde, il y a des pièges partout.
Thomas Duhamel, voici le chevalier Grégoire de Fronsac, du jardin du Roi. Il voudrait regarder de plus près le corps de cette malheureuse. Avec votre permission bien sûr.
Duhamel C'est donc vous monsieur qui avez brutalisé mes hommes ?
Fronsac Je ne savais pas, capitaine, qu'ils agissaient sur vos ordres.
Duhamel Ce n'est pas le cas. Vous avez bien fait. Je vous présente mes excuses. Ceux là ne sont pas de ce pays, ils sont taillés pour la guerre, pas pour la chasse. Prenez garde, on lui a vidé les entrailles pour y fourrer du poison. Quelle sorte de jardinier êtes-vous ?
Fronsac Quand vos hommes auront tué la bête, capitaine, sa Majesté tient beaucoup à ce qu'elle soit ramenée, étudiée et conservée à Paris. On m'a chargé d'en faire le portrait et de la naturaliser sitôt après la chasse. Pour l'instant, j'essaie de la connaître. Bon Dieu, avec une telle mâchoire, cette bête doit peser cinq cent livres !
Duhamel Cette fois, je vais l'avoir Monsieur le Marquis. Avant les premières neiges, je vais l'avoir. Si tout le monde vient à la battue, elle ne pourra pas s'échapper.
Fronsac L'avez-vous déjà vue ?
Duhamel Une fois Monsieur. Une fois en treize mois je l'ai eue au bout de mon fusil. Je l'ai touchée, ma parole monsieur. Je l'ai vue s'effondrer et aussitôt ressusciter. On l'a perdue au sud du Mont Mouchet. Elle s'est comme qui dirait, évanouie dans les bois.
Fronsac Est-ce qu'elle ressemblait à ça ?
Duhamel Elle avait aussi une sorte de raie noire sur le dos, avec comme des piquants, vous voyez…

  

Marquis d’Apcher Mes amis, je vous présente l'auteur de ces esquisses, le chevalier Grégoire de Fronsac. Homme providentiel s'il en est, puisqu'il vient de Paris pour…
Jean-François Croquer la bête ?
Marquis d’Apcher Son Eminence, l'Evêque de Mende ; Monseigneur le Duc de Moncan ; Monseigneur le Comte de Morangias, et Madame la Comtesse ; leur fils Jean-François. Il a voyagé lui-aussi.
Jean-Francois Belle patte, Monsieur.
Fronsac Merci Monsieur.
Marquis d’Apcher Monsieur Laffont, notre intendant ; le père Henri Sardis, curé de Saint Alban.
Jean-Francois Alors, racontez-nous, Monsieur. Parle t-on beaucoup de la bête à Paris ?
Fronsac On en fait même des chansons !
Comtesse de Morangias La cour devrait dire des prières.
Pensez-vous que le capitaine Duhamel aura tant besoin de l'aide de Dieu ?
Sardis Qui pourrait s'en passer ?
Comte de Morangias Duhamel est tout juste bon à déguiser ses soldats en filles. Pour attirer la bête ! Quelle stratégie !?
Duhamel fait ce qu'il peut !
Jean François Je vous trouve bien indulgent ! Duhamel est un incapable. Ses battues épuisent nos gens, ses soudards dévastent nos terres, mais la bête, elle, court toujours.
Certes.
Par Dieu, si c'est à payer Duhamel que sert l'impôt que je verse à ces messieurs de Paris, j'aimerais encore mieux le donner à mes valets.
Qu'en pensez-vous Monsieur ?
Sardis Ne vous croyez pas obligé de répondre chevalier. Monsieur le Duc aime la chicane, mais c'est un bon chrétien.
Comte de Morangias Quand vous êtes arrivé, toute cette belle assemblée était en train de me rebattre les oreilles avec le bon Dieu et tout le saint vrusquin. Il parait même que le Pape a envoyé un espion pour déterminer si la bête était oui ou non une manifestation du diable.
Fronsac Excusez-moi !

 

Thomas Marianne de Morangias. Difficile, Chevalier, très difficile. Tous les beaux partis du pays s'y sont cassés les dents.
Fronsac Et qui est le futur édenté ?
Thomas Maxime des Forêts. Auteur de théâtre.
Fronsac Alors ce sera facile.
Thomas Attention. C'est une Morangias !

 

Fronsac Mademoiselle.
Maxime Bonjour Monsieur. Nous devisions, mademoiselle et moi.
Fronsac Vous êtes Maxime Des Forêts ?
Maxime Maxime est devant vous.
Fronsac Quel bonheur de vous rencontrer ! Les auteurs de qualité sont très rares en notre temps. Le Marquis d'Apcher me parlait justement de vous.
Maxime Monsieur le Marquis ?
Fronsac Ecoutez, il cherche à faire écrire un mémoire sur sa famille et il pense à vous.
Maxime Vous croyez ?
Fronsac Entre nous, il est de bonne humeur, c'est le moment ou jamais. Mais attention, faites cela finement, n'ayez l'air de rien, et surtout, surtout, attendez qu'il vous en parle en premier.
Maxime Mademoiselle, excusez-moi.
Marianne Vous n'avez pas honte ?
Fronsac Par Dieu, non.
Marianne Alors monsieur le naturaliste, notre pays est-il à votre goût ?
Fronsac Pour l'instant, je n'ai pu qu'en entrevoir les beautés, ou du moins, une !
Marianne Est ce ainsi qu'on parle aux jeunes filles à la cour ? Non, c'est un couplet que vous réservez aux innocentes de province.
Fronsac Je fréquenterais peut être la cour si on y rencontrait des jeunes filles comme vous.
Marianne On va servir, chevalier. Allons dîner.
Fronsac Je ne vous quitte plus !!!!

 

Fronsac Nous remontions le Saint-Laurent depuis douze jours lorsque nous ramenâmes dans nos filets le plus étrange animal qu'il m'ait été donné de voir. Les Indiens m'avaient déjà parlé de leur poisson sacré, mais j'étais persuadé qu'il s'agissait d'une légende. J'avais devant moi un poisson, à la forme et à la taille d'une truite, mais donc le corps était entièrement recouvert d'une fourrure noire comme le jais.
Jean-Francois Une truite velue ? Monsieur, vous vous moquez !
Fronsac Non, monsieur. Salmo truta dermopila, du Canada.
Voilà qui est bien étrange !
Comtesse de Morangias C'est doux comme de l'hermine.
Comte de Morangias Oh, la nature est extraordinaire
Comtesse de Morangias L'eau doit être bien froide !
Cela prouve que l'impossible est parfois possible.
Maxime Bien dit !
Voilà une découverte qui a dû vous valoir les honneurs du jardin du Roi.
Jean-Francois Mais je doute que Monsieur les mérite. En revanche, je dois vous reconnaître, chevalier, un certain talent pour la comédie. Si j'avais deux mains, j'applaudirais.
Comte de Morangias Jean-François ! Je vous prie de bien vouloir l'excuser, monsieur.
Fronsac Votre fils a raison Monsieur le Comte. Cet animal n'existe pas. Mon maître embaumeur au jardin du Roi est un homme habile. Pardonnez-moi de vous avoir joué cette farce d'étudiant.
Marianne Faut il croire que la morale de cette histoire est qu'il n'y a pas de bête en Gévaudan, et que nous autres du pays, nous sommes des imbéciles ?
Fronsac La morale de ma fable, Mademoiselle, est que l'on n'a jamais vu de dragon ni de licorne ailleurs que dans les livres ou les poèmes. Et nos songes apparaissent parfois comme vérité quand on les habille de latin.
Prenez garde, Monsieur. On finirait par ne plus savoir de quoi vous parlez.
Jean-Francois Et d'ailleurs, qui êtes vous ? Naturaliste ou philosophe ?
Ou pire, comédien ?
Sardis Je crois que Monsieur le Chevalier est surtout Parisien.
Comte de Morangias Bon allez, assez parlé de cette fichue bête. Après tout, elle ne dévore que les vilains.
Si nous faisions des devinettes, des impromptus ?
Maxime Ah, je viens justement de composer un petit compliment amoureux. Madame la Comtesse me permet-elle ?
Comtesse de Morangias Si cela n'est point licencieux !
Maxime Licencieux ? Oh non, non, non. C'est un compliment très chaste, très, très pur. C'est sans étude. Ca m'est venu comme ça. Ca s'intitule au loup. Au loup !

"Je n'y prenais pas garde, et tandis que sans songer à mal, je vous regarde, votre œil, en tapinois, frappe en mon cœur un coup. Au loup, au loup, au loup…"

 

Fronsac Vous reverrai-je bientôt ?
Marianne Avez vous d'autre animal fabuleux à nous montrer ?
Fronsac Vous semblez avoir sur ma personne une idée bien arrêtée ! Permettez-moi de vous faire changer d'avis.
Marianne Essayez !
Fronsac Viendrez vous à la grande battue de Duhamel ?
Marianne Certainement !
Comtesse de Morangias Je vous l'interdis. Ma fille, c'est bien trop dangereux !
Fronsac L'obéissance est la première vertu des jeunes filles bien nées !
Comtesse de Morangias Ce jeune homme a raison.

 

Ce jour là eut lieu en Gévaudan la plus grande battue jamais organisée dans le royaume de France. Le Roi offrait une prime de 6.000 livres à qui tuerait la bête. Au millier de paysans réquisitionnés, aux gens d'épée et aux soldats, s'ajoutèrent tout ce que la région comptait de chasseurs, d'aventuriers. Quelques heures durant, nous oubliâmes que c'était la bête qui nous traquait.

 

- Il vous a été remis à chacun une carte et un point de ralliement. Les mouvements commenceront à 7 heures.

- Fort bien.

- Je vous remercie.

- Vous pouvez capitaine, vous pouvez. Mes gens ont autre chose à faire !

- Votre générosité, Monsieur le Duc, est à la mesure de votre courage.

- Il suffit, Duhamel.

- J'espère pour vous que cette fois, nous l'aurons.

- C'est une certitude, Monsieur le Duc.

- Qu'est ce que c'est que ce raffut ?

 

Jean-Francois Belle arme, n'est ce pas ? Je l'ai fait faire par un armurier de Mende en revenant de campagne. Vous comprendrez bien sûr qu'il me faille du sur mesure. Tenez, regardez ! Même à Paris, vous ne trouverez pas de telles balles ! Je les fonds moi-même.
Fronsac De l'argent ? Vous craignez les loups-garous ?
Jean-Francois Non. Mais j'aime signer mon coup de fusil. Je suis un chasseur, Fronsac, et c'est une passion m'a déjà tellement coûté !
Fronsac Que vous est il arrivé ?
Jean-Francois Disons que j'ai appris à mes dépends que certains fauves demandent plus d'une balle pour être achevés, et que, quoi qu'en dise Sardis, et bien, il faut autre chose que des prières pour soigner la gangrène
Fronsac C'est un ours qui vous a blessé ?
Jean-Francois Un lion !
Fronsac Un lion ?
Jean-Francois Oui, deux ans dans la marine royale m'ont beaucoup fait voyager. Vous ne connaissez pas l'Afrique, Fronsac ?

 

Jean Chastel Messeigneurs, ma fille est cause de tout ça, je vous l'amène. Punissez-la comme bon vous semble.
crowd Sorcière !
crowd Regardez-la, c'est le démon
Jean Chastel Elle est malade, elle est malade. Elle n'est pas possédée ! Elle n'est pas possédée !
crowd C'est la marque du diable ! Faîtes-la brûler !
Fronsac Empêche la toujours d'avaler sa langue, elle étoufferait.
Jean Chasel Elle n'est pas possédée ! Elle n'est pas possédée !
Fronsac Je sais
Jean-Francois Naturaliste, philosophe, et même rebouteux ? Bravo.

 

Thomas Elle n'est pas venue, Fronsac, vous me devez un louis !
Fronsac Marquis!

 

Fronsac Et les Indigènes ?
Jean-Francois Des bêtes superstitieuses, comme partout ! Comme ici.
Fronsac Chez les Indiens, les chasseurs mangent le cœur de leur proie pour s'approprier leur force. Sont-ils des brutes pour autant ?
Jean-Francois En Afrique, c'est le cœur de leurs ennemis que les guerriers dévorent.

 

Thomas Monsieur le Comte, Jean-François ! Il faut demander à vos gens de se rabattre vers l'Est.
Marianne Ah vous voilà ?
Fronsac Madame votre mère doit se faire du souci.
Marianne Ma mère se fait toujours du souci. Si je l'écoutais, je serais déjà au couvent.

 

Marianne Je sais que vous ne me croyez pas. Vous êtes un libertin…
Fronsac Mais on n'est pas libertin quand on aime.
Marianne Vous aimez ? Mais enfin c'est ridicule, nous nous connaissons même pas !
Fronsac Ah, parce que vous pensez que je parle de vous? Marianne !

 

Jean-Francois Il faudrait tout de même lui apprendre un jour, mon père, à monter comme une dame!
Comte de Morangias Il n'y a pas de mal à son âge à faire un peu d'exercice!
Jean-Francois Mon père ne voit le mal nulle part.
Comte de Morangias Mon fils voit le mal partout.

 

Mani Des gens sont morts, ici.
Marianne Comment le sais-tu ?
Mani J'entends leurs cris.
Fronsac Mani, arrête avec ça.
Marianne Il a raison. Il y avait ici une commanderie templière. Quand elle a été incendiée, 25 hérétiques ont brûlé vif dans la chapelle. Il serait donc devin ?
Fronsac Nul besoin d'être devin. Il suffit d'observer.
Marianne Petite fille, je venais jouer ici avec mon frère.
Fronsac Vous n'aviez pas peur ?
Marianne Il disait qu'il me protègerait des fantômes.

 

Marianne Vous n'aimez donc pas la chasse ?
Fronsac Est ce un crime dans ce pays ? Les Indiens disent que dessiner quelqu'un c'est lui voler son âme.
Marianne Vous vous intéressez aussi à mon âme ?

 

Jean-Francois Que fais-tu à pied pendant la chasse ? Tu veux te faire estropier ?
Fronsac C'est ma faute.
Jean-Francois Je ne vous demande rien Chevalier
Marianne Mais qu'est ce qui vous a pris ?
Fronsac Il ne s'agit que d'un loup
Marianne Et si c'était la bête ?
Fronsac Je ne crois pas, Marianne.
Mani Merci.

 

J'espère pour vous capitaine, que la bête est l'un de ces loups !
En tout cas, ceux là ne mangeront plus personne.
Quel singulier personnage ! Où l'avez-vous donc déniché ?
Fronsac En Nouvelle France.
Jean François Ah, c'est un, comment dit-on, un Acadien ?
Fronsac C'est un Indien. Un Iroquois, de la tribu des Mohawk.
Un Indien ? Un vrai ? Il n'a pas l'air du tout d'un Indien.
Soyez avec nous ce soir à Saint Alban. Nous nous amuserons avec votre valet.
Fronsac Il n'est pas mon valet.
Alors que diantre est il ?
Fronsac C'est mon frère.

 

Tout de même, comment avez vous pu mêler votre sang avec celui de ce sauvage ?
Fronsac On ne regarde pas comme sauvage l'homme qui partage votre malheur. C'est grâce à Mani que j'ai pu échapper aux Anglais après la bataille de Trois Rivières.
Comte de Morangias Je les croyais cannibales, ces animaux là, moi !
Fronsac Et bien comme vous pouvez le voir, Monsieur l'Intendant, Mani n'est pas un animal.
Comte de Morangias Pourrais-tu te reproduire, avec une femme de notre race ?
Mani Toutes les femmes ont même couleur, quand chandelle est éteinte.
Et oui, mon père, ils ont même de l'esprit !
Fronsac Les Indiens ont couché avec des Blanches. Il y a même eu des enfants. Ce qui prouve que nous sommes de la même espèce.
Comte de Morangias C'est vite dit, ça. C'est un peu comme les nègres, finalement.
Qu'en pensez-vous, Sardis ?
Sardis Sans doute votre frère de sang est il comme nous une créature de Dieu. L'avez-vous fait baptiser ?
Fronsac Il ne me l'a pas demandé.
Comtesse de Morangias La bonne raison. Vous êtes bien de votre temps.
Fronsac Mani a ses propres croyances. Chez lui, il était une sorte… de curé, pourrait-on dire.
Comte de Morangias Si les Indiens ont des curés, alors ils sont perdus.
Sardis Quelles sont au juste leurs croyances ?
Fronsac Les Mohawk pensent qu'à chaque homme correspond un esprit animal, qu'ils appellent "totem".
Comte de Morangias C'est amusant, mais je ne comprends pas.
Fronsac Mani ? Tu veux bien ? N'ayez pas peur, ce n'est pas douloureux.
Mani Vous, Oskénoundé.
Fronsac Caribou. C'est une sorte de cerf.
Comte de Morangias Ah oui, un cerf. Qu'en pensez vous ma femme ? Suis-je un cerf à cause des cornes, ou à cause d'une autre partie ?
Marquis d’Apcher Et mon cher Thomas, quel est son totem ?
Thomas Rat. Rat de bibliothèque probablement.
Mani Serpent.
Thomas Serpent ?
Fronsac Pour les Indiens, le serpent incarne la sagesse.
Mani Serpent sage.
Et vous Monsieur l'Intendant ?
Mani Kouès, toes
Fronsac Un sanglier
Comte de Morangias Ha, ha, ha; Déridez-vous, Laffont. Chez ces barbares, les cochons symbolisent peut être la noblesse !
Bon alors, à qui le tour ? Sardis !
Jean-Francois Non, non. Et moi, que suis-je ? Un demi lion, une moitié d'aigle ? Allez transforme-moi en lézard, l'Indien, que mon bras repousse
Comte de Morangias Jean-François, ça suffit
Jean-Francois Mais qu'est ce qu'il y a ? Je ne suis pas de bon goût ?

Laisse-moi, laisse-moi, laisse-moi.

Fronsac Mademoiselle, voudriez-vous ?
Marianne Pardonnez-moi, Monsieur, mais je suis lasse de vos tours. Et je préfère me retirer avant que vous ne vous mettiez à jongler ou à danser sur un ballon. Bonsoir.

 

Thomas Cela vous changera les idées, Fronsac. Certes, ce n'est pas Paris, mais c'est la meilleure maison de Mende. Et on y dort mieux qu'à l'auberge.
Mme Tessier Elles sont toutes à vous, Messieurs. Et nous avons une nouvelle, très, très…
Mon petit marquis ! Viens

 

Sylvia Je coûte cher, Grégoire de Fronsac.
Fronsac Nous nous connaissons ?
Sylvia Vu d'ici, le Gévaudan est tout petit.
Fronsac Italienne ?
Sylvia Si. De passage dans ce beau pays.
Fronsac J'ai de l'argent
Sylvia Il ne s'agit pas… seulement d'argent.
Fronsac Alors ?
Sylvia Veni con mi!

 

Sylvia Qui t'a fait ça ?
Fronsac Une, une flèche iroquoise.
Sylvia Ton cœur n'était pas loin.
Fronsac Je dois être un homme chanceux.
Sylvia Et ça ?
Fronsac Un ours. Il ne m'appréciait guère.
Sylvia Tu n'as encore rien vu. Je fais un métier dangereux, et tous les hommes n'ont pas tes façons. Cela te fera un souvenir de moi.

 

Mme Tessier Non, mais c'est un scandale ! Dans ma maison ! Oh ! Valentine, qu'est ce que c'est ?
Valentin Madame Tessier, je ne couche pas avec les sorciers.
Mme Tessier Mais qu'est ce que c'est que ça ?
Valentine Il a des serpents sur le corps, je les ai vus bouger.
Mme Tessier Et notre réputation ! Il faut y aller !

 

Thomas Ce n'est rien, notre ami est un Indien, pas un sorcier.
Moi, je couche pas avec les Indiens.
Fronsac Tes putains sont bien délicates.
Mme Tessier Allez les filles, qui veut aller avec Monsieur Peau-Rouge ? Allons, je double la prime.
Moi, j'aime bien ses dessins.
Mme Tessier Alors, voilà, tout s'arrange.
Alors, comme ça tu es sorcier ?

 

Sylvia Tu feras mon portrait ?
Fronsac Si tu n'es pas sage.

 

Les semaines passèrent sans que les soldats de Duhamel ne parviennent à trouver la bête. C'était le troisième hiver que nous allions passer sous son règne. Et nous savions que la neige et le froid ne l'arrêteraient pas plus que nos fusils et nos chiens.

 

Sardis Souvenons-nous des menaces que Dieu faisait par la bouche de Moïse : "Je viendrai à vous comme une ourse à qui on a dérobé ses petits ; vos enfants, je les dévorerai comme un lion, et j'arracherai leurs entrailles, et j'enverrai contre vous la bête farouche qui vous consumera, vous et vos troupeaux, et fera de nos chemins des déserts." Jusqu'à quand seigneur serez-vous en colère ?
Thomas Une victime par cierge. Croyez vous vraiment que nous sommes au temps de la raison ?
Farmer Miséricorde ! Je demande pardon. Miséricorde. Bénissez-moi.
Sardis Que se passe t-il, mon fils ?
Farmer Dieu m'a puni pour mes péchés. Mes petits ont disparu au Mont Mouchet. Je suis maudit. Nous sommes tous maudits.
Fronsac Rassemble tes gens, Marquis, nous partons sur-le-champ. Préviens Mani, je vous retrouve sur la route.

 

Fronsac Marianne!
Marianne Bonsoir monsieur l'ami des loups.
Fronsac J'ai quelque chose pour vous. J'aimerais vous voir, Marianne. Seule.
Marianne Dans 10 jours. Ma mère va faire retraite quelque temps, et mon père sera en cure à Longueuil
Fronsac 10 jours ?
Marianne Je ne suis pas aussi libre que vous !

 

Fronsac Amène la torche ! Amène la torche !
Thomas La tempête se lève. Les gens sont fatigués. Nous ferions mieux de rentrer.
Fronsac Non, nous allons chercher la fille.
Mani J'ai trouvé l'enfant.

 

Capitaine, les pièges dont vous avez infesté la région ont pris plus de paysans que de loups. Vos hommes se sont livrés à des exactions sur la population. Et depuis votre battue, le loup a tué… 12 fois.
Duhamel Je ne comprends pas. Jamais, elle n'aurait dû nous échapper !
Comment ?
Duhamel Jamais, elle n'aurait dû nous échapper !
Et vous chevalier, savez vous devant quelle sorte de loup nous sommes ?
Fronsac Messieurs, ma seule certitude en ce qui concerne la bête est que ce n'est pas un loup. Car contrairement ç ce que l'on croit, les loups n'attaquent pas les hommes. Ou très rarement. J'ai pu les observer en Nouvelle France.
Comte de Morangias Les loups de ce pays ne sont peut être pas de la même trempe. Un loup enragé attaquerait n'importe qui.
Fronsac Quand la rage le prend, un animal crève dans les deux semaines. Et voilà deux ans que la bête saigne vos campagnes. Par ailleurs, j'ai vu sur les cadavres des blessures qu'aucun loup n'aurait pu commettre. Et j'ai trouvé tantôt dans le corps d'une victime, ce morceau de métal.
Et alors ?
Fronsac Alors ? Aucun animal n'a des crocs de fer.
Jean-Francois La bête n'est donc pas un animal ? Soit. Mais dites-nous chevalier, comment la capturer ?
Pendant que nous spéculons, elle tue nos gens.
Sardis Messieurs, je crois qu'il nous faut écouter Monsieur de Fronsac avec une grande attention. Ainsi donc chevalier, selon vous la bête ne serait pas un animal ordinaire. Mais nous pensons tous la même chose. Et pour ma part, je suis heureux que vous conveniez de son caractère surnaturel.
Fronsac Mais je ne conviens de rien mon père. Je n'ai que des doutes.
Chevalier, avez vous autre chose à nous dire ?
Fronsac Non monsieur.
Messieurs, j'ai reçu ceci de Paris. Capitaine Duhamel, sa majesté a été informée de l'inefficacité de vos tentatives. Elle m'a demandé de vous faire relever de vos fonctions. Vous et vos hommes rejoindrez votre régiment de Langogne sans délai. Le sieur Beauterne, porte-arquebuse du Roi est déjà en route. Sa majesté l'a chargé de tuer ce loup féroce. Et il est seul habilité à chasser sur le diocèse. Messieurs.

 

Fronsac Vous m'avez donc pardonné ?
Marianne Disons que j'étais curieuse de connaître mon totem. C'est comme ça qu'on dit ?
Fronsac Je dirais… une sirène
Marianne Vous n'êtes donc jamais sérieux. Je demanderai à votre Peau-Rouge. Et la bête, l'avez-vous enfin aperçue ?

 

Fronsac Non.
Marianne Vous ne voulez pas en parler ?
Fronsac Ah, je n'ai rien à en dire que des suppositions absurdes qui me feraient passer pour fou au jardin du Roi. Si je vous disais que la bête est constituée de chair et de fer mélangé, qu'elle est douée de raison, et qu'elle a le don de disparaître à volonté ! Que penseriez-vous ?
Marianne Que l'air de nos campagnes vous fait croire à bien des chimères.
Fronsac Et c'est à croire qu'elle me fuit.
Marianne Vous n'êtes pas là depuis trois mois que vous voudriez déjà en avoir terminé. Croyiez-vous que la bête allait se rendre à votre seule vue ? Peut-être est ce vous qui lui faites peur !
Fronsac Suis-je donc si effrayant ?
Marianne On savoure d'autant mieux une victoire qu'elle nous a coûté. Jean François m'a dit que vous vouliez partir en Afrique.
Fronsac Pour l'instant ce n'est qu'un rêve de naturaliste qui en a assez de l'hiver. Et vous, vous n'avez jamais envie de découvrir d'autres horizons ?
Marianne Les filles d'ici ont plus de devoirs que d'envies. Vous voyez Sardis, sur les remparts ?
Fronsac Il vous surveille ?
Marianne Oh non, il veille sur moi. Seule avec vous, dans ce parc, dieu sait ce qu'il pourrait m'arriver. Rentrons, notre curé va attraper froid.

 

- Bonsoir Chevalier.

 

Sylvia Tu es amoureux ?
Fronsac Je ne sais pas.
Sylvia Moi je sais.
Fronsac Les cartes ?
Sylvia Pour toi, je n'ai jamais eu besoin d'elles mon ami. Alors, buvons. A Mademoiselle de Morangias.
Fronsac Comment ?
Sylvia Son frère était là l'autre soir.
Fronsac Tu as couché avec lui ?
Sylvia Lui, coucher ? Il ne supporte pas qu'on le touche. Il regarde, il boit. Et quand il a beaucoup bu, il parle en dormant, comme tous les hommes.
Fronsac Je parle dans mon sommeil ?
Sylvia Mmm
Fronsac Et que dis-je ?
Sylvia Encore, encore ! Sais-tu comment les Florentines gardent leur mari à la maison ?
Fronsac Non.
Sylvia Elle leur donne chaque matin un poison lent, et chaque soir son antidote. De sorte que le mari qui découche passe une bien mauvaise nuit.
Fronsac Une femme comme toi n'a pas besoin de ça ?
Sylvia Non. 

Et puis, nous ne sommes mariés.

 

Aide- camp de Beauterne Place à Antoine de Beauterne, porte-arquebuse de sa majesté, venu délivrer le pays de la bête.
Fronsac Monsieur ! Je suis Grégoire de Fronsac
Beauterne Ah oui! L'envoyé de Buffon ! L'embaumeur-naturaliste.
Aide- camp de Beauterne Monsieur de Beauterne loge chez l'Intendant. Il vous attend à 2 heures précises.

 

Beauterne Sa Majesté m'a demandé mon avis sur votre rapport. Une fable bien compliquée que tout cela. Je crois, moi, que la bête est un loup. Je partirai en campagne demain, et je ne souhaite pas que vous veniez avec moi.
Fronsac Pourquoi ça ?
Beauterne Il plait au Roi de me charger de cette affaire, jeune homme, et de me laisser gérer la chose, seul. Je n'ai nul besoin de vous pour en finir avec cette histoire. Bon, vous, vous trouverez sur la table une lettre signée par le comte de Buffon et par notre bien-aimé Roi.
Fronsac Je suis à ses ordres, Monsieur. Et croyez-moi, il ne s'agit pas d'un loup.
Beauterne J'ai déjà lu votre mémoire. Ne vous mettez plus en peine de cette bête mon ami. Je m'en occupe. Vous pouvez disposer.

 

C'est une femme de Lorcières. Elle rentrait de la foire quand la bête l'a attaquée sur le chemin.

On l'a perdue au sud du Mont Mouchet. Elle s'est comme qui dirait évanouie dans les bois.

Chevalier, la bête a attaqué une fille du côté de Saint Alban.

Dieu m'a puni pour mes péchés. Mes petits ont disparu au Mont Mouchet.

Pas plus que vous je ne crois aux dragons

Son museau était allongé, ses dents, des couteaux

Une fois en treize mois, je l'ai eue au bout de mon fusil

Parle ton beaucoup de la bête à Paris ?

Je l'ai vu s'effondrer et aussitôt ressusciter.

Ma seule certitude en ce qui concerne la bête est que ce n'est pas un loup

La bête n'est donc pas un animal ?

Un loup enragé attaquerait n'importe qui

Alors chevalier, comment la capturer ?

Je suis heureux que vous conveniez du caractère surnaturel de la bête.

Aucun animal n'a des crocs de fer

Thomas Chevalier, il faut que vous veniez, tout de suite.
Père Georges Je l'ai vu. Il versait du poison, en prononçant des invocations sataniques. Dieu sait depuis quand ça dure !
(Mani parle en mohawk)
Fronsac Lâchez-le.

Il s'agit d'un remède indien, mon père.

Père Georges Seules nos prières peuvent la délivrer. Mais, elle n'était… Un miracle !
Fronsac Dis-moi, qu'est-il arrivé à ton frère ?
Thomas Un homme avec la bête ?
Marquis d’Apcher Allons, la petite ne sait pas ce qu'elle dit.

 

Soldier Oui Monsieur, la bête est morte. Dix balles dans la peau. Elle ne s'en est pas remise.

J'ai fait apporter votre nécessaire. Mettez-vous au travail sans tarder.

Fronsac Ce n'est pas la bête.
Soldier Allez, au travail, Monsieur de Beauterne va arriver.
Fronsac C'est ridicule. Cet animal n'est pas la bête.
Soldier Il faut attendre Monsieur de Beauterne
Fronsac Je n'aime pas tes façons, grande gueule !
Beauterne Bonjour chevalier. Laisse-nous. Alors Fronsac, ma bête ne vous revient pas ?
Fronsac Qu'est ce que tout cela veut dire, Beauterne ? Cet animal n'est pas la bête, vous le savez bien. Bon sang, sa mâchoire est deux fois plus large que celle ci.
Beauterne Et vous avez tout ce qu'il faut ici pour arranger cela !
Fronsac Comment ?
Beauterne Comme vous le savez, je dois ramener la bête à Paris, et je n'ai que ce loup. Alors vous allez me fabriquer une bête.
Fronsac Vous espérez faire croire au Roi…
Beauterne Mais non Fronsac, j'exécute sa volonté. Vous devriez faire de même, ce serait sage
Fronsac Vous me menacez Monsieur ?
Beauterne A mon âge, allons donc. Vous savez qui je suis. Vous êtes bien trop intelligent pour qu'on ait besoin de vous menacer. Si vous faites votre devoir, le Roi saura se montrer reconnaissant, sinon, il sera très contrarié. Vous avez tout ce qu'il faut, je compte sur vous mon ami. A tout à l'heure.

 

En ce jour historique, je voudrais d'abord remercier le chevalier Grégoire de Fronsac, du jardin du Roi. La bête du Gévaudan n'est plus, et c'est un peu grâce à lui. Mais avant tout, grâce à votre majesté. Qu'on se le dise, c'est en votre personne seule que réside la puissance souveraine. Seul un animal pouvait l'ignorer. Cet animal n'est plus. Je n'ai que fort peu de mérite en vérité. Investi de votre puissance, je n'ai eu qu'à paraître dans le Gévaudan pour que la bête rende les armes.

 

Fronsac Monsieur de Buffon, que signifie cette mascarade ?
Buffon Beauterne exécute les ordres qu'il a reçus. Nous devons tous faire de même, n'est ce pas ?
Fronsac Quels ordres ?
Mercier Les miens.

 

Buffon Je vous présente monsieur Mercier conseillé spécial de sa majesté chargé des affaires intérieures. C'est lui qui a eut l'idée d'envoyer Antoine de Beauterne en Gévaudan.
Fronsac C'est donc à vous Monsieur, que l'on doit cette prompte victoire sur la bête ?
Buffon Vos scrupules vous honorent Fronsac, mais il s'agit de raison d'état
Mercier Avez vous lu ceci ? Vous ne le trouverez plus chez les libraires. Mais gardez-le en souvenir.
Fronsac Vous l'avez fait interdire ?
Mercier Sous couvert de comptes, on n'y bafouait l'autorité du roi. Si nous avions trop attendu, cette histoire pouvait devenir gênante. Les gens sont si crédules.
Fronsac Si je comprends bien, mieux vaut mentir plutôt que de laisser dire des mensonges ?
Mercier La vérité, c'est très compliqué la vérité. Pour gouverner, il faut aller au plus simple. Cette bête nous posait un problème… Plus de bête, plus de problème.
Fronsac Elle va continuer à tuer.
Mercier Personne n'en entendra plus parler. C'est ça qui compte. Ah, Fronsac, j'oubliais ! Sa majesté tient à vous remercier pour tout. Elle croit savoir que vous désirez explorer l'Afrique. Dans six mois, une goélette partira de Nantes à destination de nos comptoirs du Sénégal. Si vous le désirez, vous serez du voyage. Bien entendu, nous ne reparlerons plus jamais du Gévaudan, n'est ce pas ? Et bien, Fronsac ?

 

 

Officiellement, la bête était morte. Ce qu'il advint en vérité n'est pas dans les livres d'histoire. On s'est bien gardé de l'ébruiter.

 

Fronsac Il nous souhaite la bienvenue ?
Mani Il veut nous aider.
Fronsac Porte ça au château. Je vous retrouverai plus tard.

 

Fronsac laissa à Mani le soin de préparer la chasse. La bête n'était pas la seule raison de son retour dans le Gévaudan.

 

Villager Qu'est ce que c'est ?
Fronsac Est-ce que tu connais la maison de Jeanne et Pierre Boulier
Villager C'est tout droit. C'est la dernière maison du village.

 

Marianne Je te présente Jeanne, ma nourrice. Grégoire de Fronsac.
Jeanne Pierre, va donc chercher du vin
Marianne Ma mère me fait surveiller. On sait peut être déjà que tu es de retour.
Fronsac Au diable ta famille, je t'arracherai à eux.
Marianne Je ne supporte plus ma mère, ni Jean-François. Je veux partir loin d'ici.
Fronsac Dans une semaine je t'emmène à Paris.
Marianne Pourquoi attendre ?
Fronsac Je repars en chasse. Je l'ai promis au Marquis.
Marianne Je pensais que tu étais revenu pour moi !
Fronsac Non ! Attention ! Marianne, sauve-toi ! Doucement, sans courir. Approche ! Viens à moi, viens à moi, viens !

Sauve toi Marianne ! Non

Villager Qu'est ce qui se passe ici ? Pierre, Pierre !

 

Thomas Dites-moi chevalier. Pensez-vous vraiment que nous allons trouver cette bête ? J'aurais imaginé que nous saurions plus nombreux.
Fronsac Mani sait ce qu'il fait. Moi c'est un homme que je chasse.
Thomas Un homme ?
Fronsac La bête n'est qu'un instrument, une arme aux mains d'un esprit malade.
Thomas Un assassin agirait plus secrètement !
Fronsac Tu as raison Marquis, le premier mystère de la bête, c'est sa célébrité. Son maître veut qu'on parle d'elle. Il s'agit de faire peur, de faire du bruit.
Thomas Comment cela ?
Fronsac Ce livre s'est vendu dans tout le royaume. L'auteur soutient que la bête est venue pour punir le roi de son indulgence envers les philosophes.
Thomas Sornettes ! Qui a écrit ça ?
Fronsac Ca je l'ignore ! Mais la bête a un maître, et c'est lui que je veux.
Fronsac Finalement ton arme nous sera peut être utile ! A condition que ce soit toi qui la porte.
Thomas Et toi Mani, tu vas prendre laquelle ?
Fronsac Mani n'aime pas les armes à feu.
Mani Trop de bruit, trop de fumée, mauvaise odeur.

 

Tout se passera bien grand-père. Ne vous inquiétez pas. On a tout préparé.

  

Thomas Racontez-moi les Amériques, Chevalier !
Fronsac Les Amériques ?
Thomas Vous n'y retournerez jamais ?
Fronsac Je n'y ai pas que des bons souvenirs
Thomas Et Mani ? Sa tribu ne lui manque pas ?

 

Fronsac Sa tribu n'existe plus. Quand nous avons attaqué son village, la variole l'avait déjà décimé. Nous avons reçu l'ordre de passer les survivants par les armes, les femmes, mais aussi les enfants. Seul Mani en a réchappé.
Thomas Comment ?
Fronsac Mon capitaine voulait un interprète Mohawk. Je fus chargé de lui apprendre notre langue, et trois semaines plus tard je le trouvais en train d'égorger le capitaine.
Thomas Pourquoi vous ne l'avez pas dénoncé ?
Fronsac Vous savez comment cet homme-là livrait bataille ? Il donnait à ses éclaireurs des draps et des linges sales pris aux hôpitaux de Québec. Les Iroquois les achetaient, et trois semaines plus tard, nous finissions le travail.
Thomas C'est ainsi qu'on fait la guerre ?
Fronsac En tout cas, c'est ainsi que nous l'avons perdue.

 

Thomas Où est il passé ?
Fronsac Il est allé parler aux arbres.
Thomas Aux arbres ?
Mani Les arbres parlent ! Les hommes ne savent pas écouter, pas voir !
Thomas Voir quoi Mani ?
Mani Tu veux apprendre ?
Thomas Qu'est ce que c'est ?
Fronsac Une hostie indienne. C'est à tes risques et périls, marquis.
Thomas Qu'est ce que cela fait ?
Fronsac Cela dépend des gens. Les Indiens prétendent que l'on voit ce qui ne peut être vu. Alors Mani ?
Mani La bête est dans la forêt, les loups nous aideront.
Thomas Je ne vois pas plus.
Mani Cette nuit nous danserons la danse du sang et la bête viendra à nous avec le soleil.
Thomas Cela ne me fait rien, cela ne me fait…

 

 

Cette nuit-là, Mani invoqua les Esprits de la forêt dans une langue que le chevalier de Fronsac lui-même ne comprenait pas, et les loups leur amenèrent la bête.

 

Fronsac : T'en fait pas, va, je vais t'arranger ça.

Jean Chastel: Ca va aller ma belle, je vais te soigner, je vais te soigner, je vais m'occuper de toi, je vais m'occuper de toi.

 

Marquis d’Apcher Thomas s'est endormi. Il s'en est fallu de peu. Je suis désolé pour l'Indien.
Fronsac Qu'est ce qui se trouve là ? Dites-moi. Quelle est cette demeure ? J'ai besoin de savoir
Marquis d’Apcher C'est un domaine. Un domaine de chasse. Chevalier, il faut que vous vous reposiez.

 

- Sortez les chevaux, emmenez-les !

- Dépêchez-vous, il y a le feu !

 

Le chevalier revint auprès du corps de Mani. Sa vengeance était loin d'être assouvie. Mais selon la coutume indienne, c'est aux premières lueurs de l'aube qu'il devait aider son ami à rejoindre ses ancêtres.

Fronsac Qu'est ce que vous voulez ?
Sardis Le sang n'a que trop coulé sur ces terres. Vous risquez le pire si vous ne quittez le pays au plus vite.
Fronsac Je n'ai pas l'intention de partir, j'ai une affaire à régler
Sardis Vaut elle que vous y laissiez la vie ?
Fronsac Depuis quand savez vous ?
Sardis Je ne sais pas de quoi vous parlez
Fronsac Allons Sardis, comment ? Comment en est-on arrivé à ça ?
Sardis Personne ne vous croira
Fronsac Allez-vous en Sardis
Sardis Dieu vous garde
Fronsac Que le diable vous emporte !

 

Soldier Vous êtes en état d'arrestation. En vertu des pouvoirs qui me sont conférés par monsieur l'intendant, je vous prie de nous suivre sans opposer de résistance
Fronsac C'est ridicule.

 

Prisonner S'il vous plait ! Pitié ! Madame !
Chef, il y a là une dame qui veut vous voir
Machemort Plus tard ce soir
Machemort Hé, allez, debout, tu as de la visite, là !
Fronsac Je ne suis plus au secret ?
Machemort Tu nous prends pour qui ?
Fronsac Marianne ?
Sylvia Désolée ! Amène donc un souper à ton invité.
Fronsac Comment ?
Sylvia J'ai beaucoup d'obligés.
Fronsac Tu dois m'aider, il faut que j'écrive au Roi, tu n'as pas idée.
Sylvia Même si je t'aidais, tu serais pendu avant que ta lettre ne lui parvienne.
Fronsac Cela ne se peut, je n'ai pas encore été jugé.
Sylvia Que sais tu de la bête ?
Fronsac C'est un animal dressé recouvert d'une cuirasse. Je l'ai blessé. Depuis quand t'intéresses-tu à tout ça ?
Sylvia Il y a deux ans, une lettre confidentielle de Sardis a été remise au pape. Elle annonçait la constitution d'une société secrète ayant pour but, disons, de faire entendre et de défendre par tous les moyens la parole de l'église. Le pacte.
Fronsac Sardis ! Il se servirait de la bête ?
Sylvia La bête est un avertissement lancé au roi: tenez compte du pouvoir de Dieu ou vous risquez l'apocalypse. Les conjurés se nomment eux-mêmes "les loups de dieu".
Fronsac Le pacte œuvre pour l'Eglise ?
Sylvia Sardis ne travaille que pour lui. Les lumières l'ont rendu fou. Et Rome n'a aucun contrôle sur son organisation.
Fronsac Et toi pour qui travailles-tu ?
Sylvia Ceux qui m'emploient me paient aussi pour qu'on ne sache pas qu'ils m'emploient. Et toi, tu en sais bien assez.

 

Laffont Mademoiselle de Morangias ! Que me vaut cet honneur ? Comment se porte Mme la comtesse ? Je vous en prie, asseyez vous. Et votre père, toujours en cure ? Cet homme là aime trop la bonne chère !
Marianne Monsieur l'Intendant, vous avez fait arrêter le chevalier de Fronsac.
Laffont Oui. Qui aurait cru qu'un homme comme lui tomberait si bas ?
Marianne Il n'est ni brigand, ni assassin
Laffont Ah bon ?
Marianne Ecoutez ! Le chevalier de Fronsac avait sûrement ses raisons. Ces hommes avaient peut être tué cet Indien qui l'accompagnait.
Laffont Mademoiselle, ça n'a rien à voir. Quand bien même ! On ne venge pas un sauvage avec le sang d'un chrétien.
Marianne Je veux lui rendre visite.
Laffont C'est impossible !
Marianne Très bien, nous verrons ce que l'on pense de tout ça à Paris !
Marianne ! Vous ne comprenez pas, le chevalier de Fronsac est décédé. Dans la nuit. De toutes façons, on l'aurait pendu. Si on y réfléchit, il a eu de la chance.Il s'est peut être étouffé. A moins qu'il ait attrapé comme une peste dans sa paillasse
Marianne Cet homme était sous votre responsabilité !
Marianne Vous mentez ! Vous mentez tous !
Sardis Soyez courageuse ma fille. C'est la volonté de Dieu.
Marianne Mon père !
Jean- François Marianne ! Viens, je vais te ramener au château
Mademoiselle de Morangias doit prendre un peu de repos.
Jean- Francois Allez !
Marianne Non. Non, laisse moi !
Ca suffit, tu ne peux plus rien pour lui.
Il sent déjà bien mauvais. Enterrons le vite, et oublions de mettre son nom sur sa tombe.
Elle a menacé de prévenir le roi, cette fille. Elle est dangereuse.

 

On enterra Grégoire de Fronsac le soir même, bien avant que la nouvelle de sa mort ne fut arrivée à Paris. Nul ne savait au juste quels secrets le chevalier emportait dans la tombe. Depuis quelques jours, la bête ne tuait plus, mais la disparition brutale de son plus acharné adversaire avait des airs de sombres présages.

 

Sylvia - Chut ! Andiamo ! Dépêchez-vous !

 

Jean François Je m'accuse, mon Père, parce que j'ai péché. Pardonnez-moi. Marianne, jour et nuit, je pense à elle. J'entends son cœur battre dans ma poitrine à chaque instant. Je veux qu'elle soit à nos côtés Sardis.
Sardis Le seigneur te met à l'épreuve.

 

Jean-Francois Mais vous ne savez pas ce que j'endure. Toutes ces images; toutes ces images damnées qui me viennent sans cesse. Délivrez-moi mon Père, délivrez-moi, je vous en supplie!
Sardis Au mal qui te ronge, il n'est qu'un remède.

 

Jean-Francois Non, non, ne bois pas petite sœur. Ils veulent te tuer. Mais je les en empêcherai.
Marianne Mais qui, Jean-François ? Qui ?
Jean-Francois Nous allons partir, Marianne. Juste toi et moi. Qu'est ce que tu dirais de l'Amérique ?
Marianne Jean-Francois!
Jean-Francois Tu m'as fait souffrir, tu sais, mais je te pardonne. Je t'en prie, qu'est ce que tu fais ? Qu'est ce que tu fais ? Reste. Tu crois que je veux te faire du mal ?
Marianne Ne t'approche pas s'il te plait.
Jean-Francois Marianne, Marianne, j'ai besoin de toi. C'est toi qui m'as sauvée quand j'étais malade, et personne d'autre. C'est ton visage que je voyais quand je sortais de mes cauchemars, c'est ta main sur mon front qui a chassé les démons. Tu ne peux pas imaginer, Marianne, ce que j'ai fait pour te garder près de moi. Alors je t'en supplie, ne me repousse pas. Pourquoi ? Hein ? Je te dégoûte ?
Marianne Tu ne me fais pas peur. Sors d'ici !
Jean-Francois C'est à cause de ça ? Ne t'inquiète pas, désormais c'est moi qui m'occuperai de toi. Regarde, personne ne le sait, que Sardis et moi.
Marianne Va-t'en, sors d'ici !
Jean-Francois Pourquoi ? Pourquoi ?
Marianne Tu n'es pas mon frère. C'est quelqu'un d'autre qui est revenu d'Afrique !
Jean-Francois Oui, c'est vrai. Et c'est à cause de toi que je suis parti. Marianne, sans toi, rien de tout cela ne serait arrivé.
Marianne C'est ton odeur, c'est ta sale odeur, que cette bête a senti sur moi.
Jean-Francois Oui. Nous sommes du même sang, Marianne, du même sang.
Marianne Quand père reviendra, il te tuera.
Jean-Francois Et si c'était moi qui le tuais ? Depuis le temps qu'il nous gêne. Vas-y, vas-y, fais-le, vas y vas-y, vas-y, vas-y !

Pourquoi tu ne l'as pas fait ? Ce n'est pas si difficile que ça, pourtant. Regarde !

Marianne Arrêtes !
Jean-.Francois Alors, tu m'aimes ? Marianne, je t'aime.

 

Sardis Frères, le seigneur me l'a fait savoir, la bête va revenir, annonçant le retour de nos valeurs dans le royaume en décadence, et de la France nouvelle qui va renaître, nous serons les princes invisibles, car dieu est avec nous.

Le peuple n'a encore rien vu de la colère de dieu, la juste censure du roi va se heurter à la terreur de la populace. Et quand celle ci sera à son comble, alors nous pourrons proposer un marché au roi. S'il n'a pu en soumettre une seule, imaginez, frères, ce qu'il pourrait faire si de toutes les provinces du royaume surgissaient d'autres bêtes… L'heure approche, et nous allons récolter ce que nous avons semé. Lisons le livre de Malachi. Les lèvres du prêtre seront les dépositaires de la science. Et c'est de sa bouche que l'on approchera de la connaissance de la loi, car il est l'ange du seigneur des armées.

Fronsac Si quelqu'un adore la bête ou son image. Celui la boira le vin de la colère de dieu. Sera tourmenté dans le feu, et le souffre, devant les anges, la fumée de ces tourments s'élèvera dans les siècles et les siècles. Suis revenu vous nommer devant dieu : Pierre Jean Laffont, Geneviève de Morangias, Maxime des Forests, Gontrand de Moncan, Henri Sardis, Jean-François de Morangias
Jean-Francois Amen!

 

- Feu !

- Bande de fils de putain ! Vous êtes tous en état d'arrestation.

Jean-Francois Tout fantôme que tu es, je vais te couper en deux. Tu vois, tu n'as plus besoin de retenir tes coups !
Fronsac Je n'en avais pas l'intention.
Jean-Francois Trop tard Fronsac, la bête est immortelle maintenant.
Fronsac Elle, peut être, pas toi.

 

Fronsac Sardis t'a dressé comme tu as dressé la bête.
Jean-Francois Et comment as tu su ?
Fronsac Tu signes tes crimes d'une balle d'argent.

 

Jean-Francois Marianne! Regarde !
Fronsac Marianne n'est pas là, pauvre fou.
Jean-Francois Tu nous as unis à jamais, chevalier.

 

Duhamel Alignez-moi ces gratte-culs en rang par un, les gars.
Mais pour qui vous prenez-vous ?
Mets-toi par là !
Quelle injustice !
Regardez-moi ça, hein ? Ah ! On fait moins les fiers à présent. Où tu vas ?
Allons, pressons !
Ah, on fait moins les mariolles !

 

Fronsac Il est mort
Sylvia Maintenant c'est sûr !
Fronsac Et Sardis ?
Sylvia Où qu'il aille nous le retrouverons ! Ou bien ce sera la montagne qui se chargera de lui. Et si nous fêtions dignement notre succès?
Fronsac Tu m'as déjà tué une fois !
Sylvia C'était pour mieux te ressusciter. Je pourrais te présenter à Rome; tu viendrais avec moi. Trop tard, je t'aime bien, Fronsac, tu me fais oublier tous mes devoirs. Vas t'en avant que je change d'avis.

 

 

Fronsac Marquis ! Que se passe t-il ?
Thomas C'est Marianne, je l'ai fait emmener chez nous, elle se meurt.
Fronsac Non !!!. Sortez, Dehors, allez-vous en, tous. Marianne, Marianne, réveille toi ! Marianne, Marianne, pardonne moi. Je t'aime.

 

Old Thomas Bien des années ont passé, mais Grégoire de Fronsac et Marianne de Morangias n'ont jamais quitté ma mémoire. Le monde qui avait créé la bête est en train de mourir, et je dois me hâter, car mon histoire, elle aussi, touche à sa fin. Je me revois encore accompagnant le chevalier au repaire secret de Jean-François de Morangias, où la bête attendait sa dernière heure.
Old Thomas Le vieux guérisseur nous raconta tout ce qu'il savait. Jean-François avait rapporté d'Afrique une bête étrange qui avait mit bas. Il n'avait gardé qu'un seul petit, le plus fort. Avec patience et cruauté, il l'avait dressé à être le plus méchant. Ainsi mourut la bête du Gévaudan. Et moi, Thomas d'Apcher, je suis sans doute le dernier à savoir toute la vérité.
crowd Tu vas mourir !
Old Thomas Le chevalier me proposa de le suivre en Afrique. Mais le pays était à reconstruire. Je me devais à mes gens, à mes terres.
Crowd Tu vas mourir !
Old Thomas J'ai souvent songé à Grégoire et à Marianne durant toutes ces années paisibles qui m'amenèrent doucement vers la vieillesse. Je ne les ai jamais revus. Et je me plais à croire qu'ils vécurent heureux, loin d'ici.