
Script in Französisch/Script in French/Script en français
by Pascale Letellier
- Ah ça ira, ça ira, ça ira...
- Vive la Révolution !
- Ah ça ira, ça ira, ça ira, les aristocrates à la lanterne, Ah ça ira, ça ira, ça ira, les aristocrates, on les pendra!
- Monsieur, le temps est compté. Il faut que vous partiez, je vous en conjure, il faut vous arrêter.
- Apporte-moi des chandelles. Je vais travailler tard cette nuit.
- Mais Monsieur
- Et un verre de vin comme d'habitude.
Il fallait bien que ce monde change, mais la révolution est devenue terreur, et à mon tour je vais être emporté: Les certitudes rendent les hommes aveugles, et fous ; elles peuvent dévorer leur cur et les changer en bête.
C'est en l'an 1764 que la bête apparut sur nos terres et les fit sienne. Un an plus tard, sa renommée dépassait les frontières de notre province, et l'on commençait à penser que nul mortel n'en viendrait jamais à bout. Sous ses assauts, le pays de Gévaudan s'enfonçait peu à peu dans les ténèbres.
| Qui va là ? | |
| Fronsac | Qu'a t-il fait ? Qu'a t-il fait ? |
| C'est un voleur. | |
| Fronsac | Et elle ? |
| Sa fille. Foutue sorcière! | |
| Jean Chastel | Je suis guérisseur. J'ai soigné leurs chevaux, ils refusent de me payer: ! |
| Ne l'écoutez pas, Monsieur. Les gens d'ici n'ont pas de parole. | |
| Fronsac | Les chevaux ont-ils guéri ? |
| Jean Chastel | Ouais |
| Fronsac | Allez, file! |
| Bienvenue au pays de la bête, Messeigneurs. Et prenez garde aux pièges à loups. |
Le chevalier Grégoire de Fronsac, et l'homme que l'on appelait Mani n'étaient ni des chasseurs, ni des soldats. Naturaliste au jardin du Roi le chevalier avait à Paris une réputation bien établie de libertin, de bel esprit. Quant à celui qui le suivait comme son ombre, c'était un étranger, et on ne savait rien de lui.
A la nuit tombée, les deux voyageurs se présentèrent au château du Marquis d'Apcher, qui leur offrirait asile dans le Gévaudan aussi longtemps que durerait leur mission.
| Marquis dApcher | Nos gens n'auraient pas peur d'un simple loup. La bête est différente. Elle fuit les hommes comme si elle savait devoir les craindre, mais n'épargne ni femme ni enfant. |
| Fronsac | L'avez vous jamais vue ? |
| Marquis dApcher | Non. |
| Fronsac | Alors pardonnez-moi, mais comment savez vous qu'il s'agit d'UN loup ? |
| Thomas | Tous ceux qui lui ont survécu en font un portrait identique. La bête est bien plus grande qu'un loup. Et on dit qu'elle ne craint pas les balles des chasseurs. |
| Marquis dApcher | Je comprends votre scepticisme, Fronsac. Pas plus que vous, je ne crois aux dragons. Mais j'ai fait établir pour vous un mémoire sur les crimes de la bête. Vous jugerez par vous-même. |
| Thomas | Grand-père m'a dit que vous avez combattu les Anglais en Nouvelle France ? |
| Fronsac | Oui. J'y étais parti pour y étudier les animaux et la nature, et j'en suis revenu avec quelques blessures et le grade de capitaine dans l'armée du Roi. |
| Marquis dApcher | J'ai fait ouvrir un hôpital pour les victimes de la bête, dans un ancien prieuré. |
| Thomas | C'est une femme de Lorcières. Elle rentrait de la foire quand la bête l'a attaquée sur le chemin. Deux compagnons sont venus à son secours, la bête s'est sauvée. Mais elle avait eu le temps de lui arracher la moitié du visage. |
| Marquis dApcher | Dites-moi Chevalier, comment se porte Monsieur Buffon ? Et comment se porte Paris ? |
| Thomas | Et "l'Ingénu", vous avez lu "l'Ingénu" ? |
| Fronsac | Marquis, il est un peu tard pour parler philosophie. |
| Thomas | Vous avez raison.
Parlons théâtre. Vous connaissez des comédiennes ? Que donne t-on au théâtre cet
hiver ? (Vous pouvez poser là). On dit souvent qu'elles sont galantes. Je ne sais pas si c'est la vérité, mais j'ai lu que certaines offraient leurs charmes ! Racontez-moi ! |
| Fronsac | Voilà de quoi satisfaire ta curiosité. |
| Thomas | Le "Mercure de France" ? Ici, nous n'avons que le" Courrier d'Avignon" ! Je vais te montrer la salle commune |
| Fronsac | Laisse, il va dormir ici. |
| Thomas | Très bien. Bonsoir chevalier |
| Fronsac | Ce n'est pas Versailles, mais son vin est bon. |
| Jacques | La bestia, es grosa como una vaca. |
| Père Georges | Grosse comme une vache |
| Jacques | Ei visti plan de lops. La bestia es pas un lop. Avia la gola enorme alongada, e las dens coma de cotels |
| Père Georges | Jacques a vu de nombreux loups. Mais il dit que l'animal qui l'a attaqué n'en est pas un. Son museau était allongé ; ses dents, des couteaux. |
| Fronsac | Et si c'était pas un loup, c'était quoi alors ? |
| Jacques | Un diable ! |
| Thomas | Chevalier, la bête a attaqué une fille du côté de Saint-Alban. |
| Mani | Là ! |
| Thomas | Du calme, Chevalier, il n'y a personne. |
| Duhamel | Halte là. Qu'est ce qu'ils fichent ici ! Bougres de fils de putain ! |
| Thomas | Bonjour capitaine. |
| Duhamel | Monsieur le Marquis ? Je vous présente mes respects. Prenez garde, il y a des pièges partout. |
| Thomas | Duhamel, voici le chevalier Grégoire de Fronsac, du jardin du Roi. Il voudrait regarder de plus près le corps de cette malheureuse. Avec votre permission bien sûr. |
| Duhamel | C'est donc vous monsieur qui avez brutalisé mes hommes ? |
| Fronsac | Je ne savais pas, capitaine, qu'ils agissaient sur vos ordres. |
| Duhamel | Ce n'est pas le cas. Vous avez bien fait. Je vous présente mes excuses. Ceux là ne sont pas de ce pays, ils sont taillés pour la guerre, pas pour la chasse. Prenez garde, on lui a vidé les entrailles pour y fourrer du poison. Quelle sorte de jardinier êtes-vous ? |
| Fronsac | Quand vos hommes auront tué la bête, capitaine, sa Majesté tient beaucoup à ce qu'elle soit ramenée, étudiée et conservée à Paris. On m'a chargé d'en faire le portrait et de la naturaliser sitôt après la chasse. Pour l'instant, j'essaie de la connaître. Bon Dieu, avec une telle mâchoire, cette bête doit peser cinq cent livres ! |
| Duhamel | Cette fois, je vais l'avoir Monsieur le Marquis. Avant les premières neiges, je vais l'avoir. Si tout le monde vient à la battue, elle ne pourra pas s'échapper. |
| Fronsac | L'avez-vous déjà vue ? |
| Duhamel | Une fois Monsieur. Une fois en treize mois je l'ai eue au bout de mon fusil. Je l'ai touchée, ma parole monsieur. Je l'ai vue s'effondrer et aussitôt ressusciter. On l'a perdue au sud du Mont Mouchet. Elle s'est comme qui dirait, évanouie dans les bois. |
| Fronsac | Est-ce qu'elle ressemblait à ça ? |
| Duhamel | Elle avait aussi une sorte de raie noire sur le dos, avec comme des piquants, vous voyez |
| Marquis dApcher | Mes amis, je vous présente l'auteur de ces esquisses, le chevalier Grégoire de Fronsac. Homme providentiel s'il en est, puisqu'il vient de Paris pour |
| Jean-François | Croquer la bête ? |
| Marquis dApcher | Son Eminence, l'Evêque de Mende ; Monseigneur le Duc de Moncan ; Monseigneur le Comte de Morangias, et Madame la Comtesse ; leur fils Jean-François. Il a voyagé lui-aussi. |
| Jean-Francois | Belle patte, Monsieur. |
| Fronsac | Merci Monsieur. |
| Marquis dApcher | Monsieur Laffont, notre intendant ; le père Henri Sardis, curé de Saint Alban. |
| Jean-Francois | Alors, racontez-nous, Monsieur. Parle t-on beaucoup de la bête à Paris ? |
| Fronsac | On en fait même des chansons ! |
| Comtesse de Morangias | La cour devrait dire des prières. |
| Pensez-vous que le capitaine Duhamel aura tant besoin de l'aide de Dieu ? | |
| Sardis | Qui pourrait s'en passer ? |
| Comte de Morangias | Duhamel est tout juste bon à déguiser ses soldats en filles. Pour attirer la bête ! Quelle stratégie !? |
| Duhamel fait ce qu'il peut ! | |
| Jean François | Je vous trouve bien indulgent ! Duhamel est un incapable. Ses battues épuisent nos gens, ses soudards dévastent nos terres, mais la bête, elle, court toujours. |
| Certes. | |
| Par Dieu, si c'est à payer Duhamel que sert l'impôt que je verse à ces messieurs de Paris, j'aimerais encore mieux le donner à mes valets. | |
| Qu'en pensez-vous Monsieur ? | |
| Sardis | Ne vous croyez pas obligé de répondre chevalier. Monsieur le Duc aime la chicane, mais c'est un bon chrétien. |
| Comte de Morangias | Quand vous êtes arrivé, toute cette belle assemblée était en train de me rebattre les oreilles avec le bon Dieu et tout le saint vrusquin. Il parait même que le Pape a envoyé un espion pour déterminer si la bête était oui ou non une manifestation du diable. |
| Fronsac | Excusez-moi ! |
| Thomas | Marianne de Morangias. Difficile, Chevalier, très difficile. Tous les beaux partis du pays s'y sont cassés les dents. |
| Fronsac | Et qui est le futur édenté ? |
| Thomas | Maxime des Forêts. Auteur de théâtre. |
| Fronsac | Alors ce sera facile. |
| Thomas | Attention. C'est une Morangias ! |
| Fronsac | Mademoiselle. |
| Maxime | Bonjour Monsieur. Nous devisions, mademoiselle et moi. |
| Fronsac | Vous êtes Maxime Des Forêts ? |
| Maxime | Maxime est devant vous. |
| Fronsac | Quel bonheur de vous rencontrer ! Les auteurs de qualité sont très rares en notre temps. Le Marquis d'Apcher me parlait justement de vous. |
| Maxime | Monsieur le Marquis ? |
| Fronsac | Ecoutez, il cherche à faire écrire un mémoire sur sa famille et il pense à vous. |
| Maxime | Vous croyez ? |
| Fronsac | Entre nous, il est de bonne humeur, c'est le moment ou jamais. Mais attention, faites cela finement, n'ayez l'air de rien, et surtout, surtout, attendez qu'il vous en parle en premier. |
| Maxime | Mademoiselle, excusez-moi. |
| Marianne | Vous n'avez pas honte ? |
| Fronsac | Par Dieu, non. |
| Marianne | Alors monsieur le naturaliste, notre pays est-il à votre goût ? |
| Fronsac | Pour l'instant, je n'ai pu qu'en entrevoir les beautés, ou du moins, une ! |
| Marianne | Est ce ainsi qu'on parle aux jeunes filles à la cour ? Non, c'est un couplet que vous réservez aux innocentes de province. |
| Fronsac | Je fréquenterais peut être la cour si on y rencontrait des jeunes filles comme vous. |
| Marianne | On va servir, chevalier. Allons dîner. |
| Fronsac | Je ne vous quitte plus !!!! |
| Fronsac | Nous remontions le Saint-Laurent depuis douze jours lorsque nous ramenâmes dans nos filets le plus étrange animal qu'il m'ait été donné de voir. Les Indiens m'avaient déjà parlé de leur poisson sacré, mais j'étais persuadé qu'il s'agissait d'une légende. J'avais devant moi un poisson, à la forme et à la taille d'une truite, mais donc le corps était entièrement recouvert d'une fourrure noire comme le jais. |
| Jean-Francois | Une truite velue ? Monsieur, vous vous moquez ! |
| Fronsac | Non, monsieur. Salmo truta dermopila, du Canada. |
| Voilà qui est bien étrange ! | |
| Comtesse de Morangias | C'est doux comme de l'hermine. |
| Comte de Morangias | Oh, la nature est extraordinaire |
| Comtesse de Morangias | L'eau doit être bien froide ! |
| Cela prouve que l'impossible est parfois possible. | |
| Maxime | Bien dit ! |
| Voilà une découverte qui a dû vous valoir les honneurs du jardin du Roi. | |
| Jean-Francois | Mais je doute que Monsieur les mérite. En revanche, je dois vous reconnaître, chevalier, un certain talent pour la comédie. Si j'avais deux mains, j'applaudirais. |
| Comte de Morangias | Jean-François ! Je vous prie de bien vouloir l'excuser, monsieur. |
| Fronsac | Votre fils a raison Monsieur le Comte. Cet animal n'existe pas. Mon maître embaumeur au jardin du Roi est un homme habile. Pardonnez-moi de vous avoir joué cette farce d'étudiant. |
| Marianne | Faut il croire que la morale de cette histoire est qu'il n'y a pas de bête en Gévaudan, et que nous autres du pays, nous sommes des imbéciles ? |
| Fronsac | La morale de ma fable, Mademoiselle, est que l'on n'a jamais vu de dragon ni de licorne ailleurs que dans les livres ou les poèmes. Et nos songes apparaissent parfois comme vérité quand on les habille de latin. |
| Prenez garde, Monsieur. On finirait par ne plus savoir de quoi vous parlez. | |
| Jean-Francois | Et d'ailleurs, qui êtes vous ? Naturaliste ou philosophe ? |
| Ou pire, comédien ? | |
| Sardis | Je crois que Monsieur le Chevalier est surtout Parisien. |
| Comte de Morangias | Bon allez, assez parlé de cette fichue bête. Après tout, elle ne dévore que les vilains. |
| Si nous faisions des devinettes, des impromptus ? | |
| Maxime | Ah, je viens justement de composer un petit compliment amoureux. Madame la Comtesse me permet-elle ? |
| Comtesse de Morangias | Si cela n'est point licencieux ! |
| Maxime | Licencieux ? Oh
non, non, non. C'est un compliment très chaste, très, très pur. C'est sans étude. Ca
m'est venu comme ça. Ca s'intitule au loup. Au loup ! "Je n'y prenais pas garde, et tandis que sans songer à mal, je vous regarde, votre il, en tapinois, frappe en mon cur un coup. Au loup, au loup, au loup " |
| Fronsac | Vous reverrai-je bientôt ? |
| Marianne | Avez vous d'autre animal fabuleux à nous montrer ? |
| Fronsac | Vous semblez avoir sur ma personne une idée bien arrêtée ! Permettez-moi de vous faire changer d'avis. |
| Marianne | Essayez ! |
| Fronsac | Viendrez vous à la grande battue de Duhamel ? |
| Marianne | Certainement ! |
| Comtesse de Morangias | Je vous l'interdis. Ma fille, c'est bien trop dangereux ! |
| Fronsac | L'obéissance est la première vertu des jeunes filles bien nées ! |
| Comtesse de Morangias | Ce jeune homme a raison. |
Ce jour là eut lieu en Gévaudan la plus grande battue jamais organisée dans le royaume de France. Le Roi offrait une prime de 6.000 livres à qui tuerait la bête. Au millier de paysans réquisitionnés, aux gens d'épée et aux soldats, s'ajoutèrent tout ce que la région comptait de chasseurs, d'aventuriers. Quelques heures durant, nous oubliâmes que c'était la bête qui nous traquait.
- Il vous a été remis à chacun une carte et un point de ralliement. Les mouvements commenceront à 7 heures.
- Fort bien.
- Je vous remercie.
- Vous pouvez capitaine, vous pouvez. Mes gens ont autre chose à faire !
- Votre générosité, Monsieur le Duc, est à la mesure de votre courage.
- Il suffit, Duhamel.
- J'espère pour vous que cette fois, nous l'aurons.
- C'est une certitude, Monsieur le Duc.
- Qu'est ce que c'est que ce raffut ?
| Jean-Francois | Belle arme, n'est ce pas ? Je l'ai fait faire par un armurier de Mende en revenant de campagne. Vous comprendrez bien sûr qu'il me faille du sur mesure. Tenez, regardez ! Même à Paris, vous ne trouverez pas de telles balles ! Je les fonds moi-même. |
| Fronsac | De l'argent ? Vous craignez les loups-garous ? |
| Jean-Francois | Non. Mais j'aime signer mon coup de fusil. Je suis un chasseur, Fronsac, et c'est une passion m'a déjà tellement coûté ! |
| Fronsac | Que vous est il arrivé ? |
| Jean-Francois | Disons que j'ai appris à mes dépends que certains fauves demandent plus d'une balle pour être achevés, et que, quoi qu'en dise Sardis, et bien, il faut autre chose que des prières pour soigner la gangrène |
| Fronsac | C'est un ours qui vous a blessé ? |
| Jean-Francois | Un lion ! |
| Fronsac | Un lion ? |
| Jean-Francois | Oui, deux ans dans la marine royale m'ont beaucoup fait voyager. Vous ne connaissez pas l'Afrique, Fronsac ? |
| Jean Chastel | Messeigneurs, ma fille est cause de tout ça, je vous l'amène. Punissez-la comme bon vous semble. |
| crowd | Sorcière ! |
| crowd | Regardez-la, c'est le démon |
| Jean Chastel | Elle est malade, elle est malade. Elle n'est pas possédée ! Elle n'est pas possédée ! |
| crowd | C'est la marque du diable ! Faîtes-la brûler ! |
| Fronsac | Empêche la toujours d'avaler sa langue, elle étoufferait. |
| Jean Chasel | Elle n'est pas possédée ! Elle n'est pas possédée ! |
| Fronsac | Je sais |
| Jean-Francois | Naturaliste, philosophe, et même rebouteux ? Bravo. |
| Thomas | Elle n'est pas venue, Fronsac, vous me devez un louis ! |
| Fronsac | Marquis! |
| Fronsac | Et les Indigènes ? |
| Jean-Francois | Des bêtes superstitieuses, comme partout ! Comme ici. |
| Fronsac | Chez les Indiens, les chasseurs mangent le cur de leur proie pour s'approprier leur force. Sont-ils des brutes pour autant ? |
| Jean-Francois | En Afrique, c'est le cur de leurs ennemis que les guerriers dévorent. |
| Thomas | Monsieur le Comte, Jean-François ! Il faut demander à vos gens de se rabattre vers l'Est. |
| Marianne | Ah vous voilà ? |
| Fronsac | Madame votre mère doit se faire du souci. |
| Marianne | Ma mère se fait toujours du souci. Si je l'écoutais, je serais déjà au couvent. |
| Marianne | Je sais que vous ne me croyez pas. Vous êtes un libertin |
| Fronsac | Mais on n'est pas libertin quand on aime. |
| Marianne | Vous aimez ? Mais enfin c'est ridicule, nous nous connaissons même pas ! |
| Fronsac | Ah, parce que vous pensez que je parle de vous? Marianne ! |
| Jean-Francois | Il faudrait tout de même lui apprendre un jour, mon père, à monter comme une dame! |
| Comte de Morangias | Il n'y a pas de mal à son âge à faire un peu d'exercice! |
| Jean-Francois | Mon père ne voit le mal nulle part. |
| Comte de Morangias | Mon fils voit le mal partout. |
| Mani | Des gens sont morts, ici. |
| Marianne | Comment le sais-tu ? |
| Mani | J'entends leurs cris. |
| Fronsac | Mani, arrête avec ça. |
| Marianne | Il a raison. Il y avait ici une commanderie templière. Quand elle a été incendiée, 25 hérétiques ont brûlé vif dans la chapelle. Il serait donc devin ? |
| Fronsac | Nul besoin d'être devin. Il suffit d'observer. |
| Marianne | Petite fille, je venais jouer ici avec mon frère. |
| Fronsac | Vous n'aviez pas peur ? |
| Marianne | Il disait qu'il me protègerait des fantômes. |
| Marianne | Vous n'aimez donc pas la chasse ? |
| Fronsac | Est ce un crime dans ce pays ? Les Indiens disent que dessiner quelqu'un c'est lui voler son âme. |
| Marianne | Vous vous intéressez aussi à mon âme ? |
| Jean-Francois | Que fais-tu à pied pendant la chasse ? Tu veux te faire estropier ? |
| Fronsac | C'est ma faute. |
| Jean-Francois | Je ne vous demande rien Chevalier |
| Marianne | Mais qu'est ce qui vous a pris ? |
| Fronsac | Il ne s'agit que d'un loup |
| Marianne | Et si c'était la bête ? |
| Fronsac | Je ne crois pas, Marianne. |
| Mani | Merci. |
| J'espère pour vous capitaine, que la bête est l'un de ces loups ! | |
| En tout cas, ceux là ne mangeront plus personne. | |
| Quel singulier personnage ! Où l'avez-vous donc déniché ? | |
| Fronsac | En Nouvelle France. |
| Jean François | Ah, c'est un, comment dit-on, un Acadien ? |
| Fronsac | C'est un Indien. Un Iroquois, de la tribu des Mohawk. |
| Un Indien ? Un vrai ? Il n'a pas l'air du tout d'un Indien. | |
| Soyez avec nous ce soir à Saint Alban. Nous nous amuserons avec votre valet. | |
| Fronsac | Il n'est pas mon valet. |
| Alors que diantre est il ? | |
| Fronsac | C'est mon frère. |
| Tout de même, comment avez vous pu mêler votre sang avec celui de ce sauvage ? | |
| Fronsac | On ne regarde pas comme sauvage l'homme qui partage votre malheur. C'est grâce à Mani que j'ai pu échapper aux Anglais après la bataille de Trois Rivières. |
| Comte de Morangias | Je les croyais cannibales, ces animaux là, moi ! |
| Fronsac | Et bien comme vous pouvez le voir, Monsieur l'Intendant, Mani n'est pas un animal. |
| Comte de Morangias | Pourrais-tu te reproduire, avec une femme de notre race ? |
| Mani | Toutes les femmes ont même couleur, quand chandelle est éteinte. |
| Et oui, mon père, ils ont même de l'esprit ! | |
| Fronsac | Les Indiens ont couché avec des Blanches. Il y a même eu des enfants. Ce qui prouve que nous sommes de la même espèce. |
| Comte de Morangias | C'est vite dit, ça. C'est un peu comme les nègres, finalement. |
| Qu'en pensez-vous, Sardis ? | |
| Sardis | Sans doute votre frère de sang est il comme nous une créature de Dieu. L'avez-vous fait baptiser ? |
| Fronsac | Il ne me l'a pas demandé. |
| Comtesse de Morangias | La bonne raison. Vous êtes bien de votre temps. |
| Fronsac | Mani a ses propres croyances. Chez lui, il était une sorte de curé, pourrait-on dire. |
| Comte de Morangias | Si les Indiens ont des curés, alors ils sont perdus. |
| Sardis | Quelles sont au juste leurs croyances ? |
| Fronsac | Les Mohawk pensent qu'à chaque homme correspond un esprit animal, qu'ils appellent "totem". |
| Comte de Morangias | C'est amusant, mais je ne comprends pas. |
| Fronsac | Mani ? Tu veux bien ? N'ayez pas peur, ce n'est pas douloureux. |
| Mani | Vous, Oskénoundé. |
| Fronsac | Caribou. C'est une sorte de cerf. |
| Comte de Morangias | Ah oui, un cerf. Qu'en pensez vous ma femme ? Suis-je un cerf à cause des cornes, ou à cause d'une autre partie ? |
| Marquis dApcher | Et mon cher Thomas, quel est son totem ? |
| Thomas | Rat. Rat de bibliothèque probablement. |
| Mani | Serpent. |
| Thomas | Serpent ? |
| Fronsac | Pour les Indiens, le serpent incarne la sagesse. |
| Mani | Serpent sage. |
| Et vous Monsieur l'Intendant ? | |
| Mani | Kouès, toes |
| Fronsac | Un sanglier |
| Comte de Morangias | Ha, ha, ha; Déridez-vous, Laffont. Chez ces barbares, les cochons symbolisent peut être la noblesse ! |
| Bon alors, à qui le tour ? Sardis ! | |
| Jean-Francois | Non, non. Et moi, que suis-je ? Un demi lion, une moitié d'aigle ? Allez transforme-moi en lézard, l'Indien, que mon bras repousse |
| Comte de Morangias | Jean-François, ça suffit |
| Jean-Francois | Mais
qu'est ce qu'il y a ? Je ne suis pas de bon goût ? Laisse-moi, laisse-moi, laisse-moi. |
| Fronsac | Mademoiselle, voudriez-vous ? |
| Marianne | Pardonnez-moi, Monsieur, mais je suis lasse de vos tours. Et je préfère me retirer avant que vous ne vous mettiez à jongler ou à danser sur un ballon. Bonsoir. |
| Thomas | Cela vous changera les idées, Fronsac. Certes, ce n'est pas Paris, mais c'est la meilleure maison de Mende. Et on y dort mieux qu'à l'auberge. |
| Mme Tessier | Elles sont toutes à vous, Messieurs. Et nous avons une nouvelle, très, très |
| Mon petit marquis ! Viens |
| Sylvia | Je coûte cher, Grégoire de Fronsac. |
| Fronsac | Nous nous connaissons ? |
| Sylvia | Vu d'ici, le Gévaudan est tout petit. |
| Fronsac | Italienne ? |
| Sylvia | Si. De passage dans ce beau pays. |
| Fronsac | J'ai de l'argent |
| Sylvia | Il ne s'agit pas seulement d'argent. |
| Fronsac | Alors ? |
| Sylvia | Veni con mi! |
| Sylvia | Qui t'a fait ça ? |
| Fronsac | Une, une flèche iroquoise. |
| Sylvia | Ton cur n'était pas loin. |
| Fronsac | Je dois être un homme chanceux. |
| Sylvia | Et ça ? |
| Fronsac | Un ours. Il ne m'appréciait guère. |
| Sylvia | Tu n'as encore rien vu. Je fais un métier dangereux, et tous les hommes n'ont pas tes façons. Cela te fera un souvenir de moi. |
| Mme Tessier | Non, mais c'est un scandale ! Dans ma maison ! Oh ! Valentine, qu'est ce que c'est ? |
| Valentin | Madame Tessier, je ne couche pas avec les sorciers. |
| Mme Tessier | Mais qu'est ce que c'est que ça ? |
| Valentine | Il a des serpents sur le corps, je les ai vus bouger. |
| Mme Tessier | Et notre réputation ! Il faut y aller ! |
| Thomas | Ce n'est rien, notre ami est un Indien, pas un sorcier. |
| Moi, je couche pas avec les Indiens. | |
| Fronsac | Tes putains sont bien délicates. |
| Mme Tessier | Allez les filles, qui veut aller avec Monsieur Peau-Rouge ? Allons, je double la prime. |
| Moi, j'aime bien ses dessins. | |
| Mme Tessier | Alors, voilà, tout s'arrange. |
| Alors, comme ça tu es sorcier ? |
| Sylvia | Tu feras mon portrait ? |
| Fronsac | Si tu n'es pas sage. |
Les semaines passèrent sans que les soldats de Duhamel ne parviennent à trouver la bête. C'était le troisième hiver que nous allions passer sous son règne. Et nous savions que la neige et le froid ne l'arrêteraient pas plus que nos fusils et nos chiens.
| Sardis | Souvenons-nous des menaces que Dieu faisait par la bouche de Moïse : "Je viendrai à vous comme une ourse à qui on a dérobé ses petits ; vos enfants, je les dévorerai comme un lion, et j'arracherai leurs entrailles, et j'enverrai contre vous la bête farouche qui vous consumera, vous et vos troupeaux, et fera de nos chemins des déserts." Jusqu'à quand seigneur serez-vous en colère ? |
| Thomas | Une victime par cierge. Croyez vous vraiment que nous sommes au temps de la raison ? |
| Farmer | Miséricorde ! Je demande pardon. Miséricorde. Bénissez-moi. |
| Sardis | Que se passe t-il, mon fils ? |
| Farmer | Dieu m'a puni pour mes péchés. Mes petits ont disparu au Mont Mouchet. Je suis maudit. Nous sommes tous maudits. |
| Fronsac | Rassemble tes gens, Marquis, nous partons sur-le-champ. Préviens Mani, je vous retrouve sur la route. |
| Fronsac | Marianne! |
| Marianne | Bonsoir monsieur l'ami des loups. |
| Fronsac | J'ai quelque chose pour vous. J'aimerais vous voir, Marianne. Seule. |
| Marianne | Dans 10 jours. Ma mère va faire retraite quelque temps, et mon père sera en cure à Longueuil |
| Fronsac | 10 jours ? |
| Marianne | Je ne suis pas aussi libre que vous ! |
| Fronsac | Amène la torche ! Amène la torche ! |
| Thomas | La tempête se lève. Les gens sont fatigués. Nous ferions mieux de rentrer. |
| Fronsac | Non, nous allons chercher la fille. |
| Mani | J'ai trouvé l'enfant. |
| Capitaine, les pièges dont vous avez infesté la région ont pris plus de paysans que de loups. Vos hommes se sont livrés à des exactions sur la population. Et depuis votre battue, le loup a tué 12 fois. | |
| Duhamel | Je ne comprends pas. Jamais, elle n'aurait dû nous échapper ! |
| Comment ? | |
| Duhamel | Jamais, elle n'aurait dû nous échapper ! |
| Et vous chevalier, savez vous devant quelle sorte de loup nous sommes ? | |
| Fronsac | Messieurs, ma seule certitude en ce qui concerne la bête est que ce n'est pas un loup. Car contrairement ç ce que l'on croit, les loups n'attaquent pas les hommes. Ou très rarement. J'ai pu les observer en Nouvelle France. |
| Comte de Morangias | Les loups de ce pays ne sont peut être pas de la même trempe. Un loup enragé attaquerait n'importe qui. |
| Fronsac | Quand la rage le prend, un animal crève dans les deux semaines. Et voilà deux ans que la bête saigne vos campagnes. Par ailleurs, j'ai vu sur les cadavres des blessures qu'aucun loup n'aurait pu commettre. Et j'ai trouvé tantôt dans le corps d'une victime, ce morceau de métal. |
| Et alors ? | |
| Fronsac | Alors ? Aucun animal n'a des crocs de fer. |
| Jean-Francois | La bête n'est donc pas un animal ? Soit. Mais dites-nous chevalier, comment la capturer ? |
| Pendant que nous spéculons, elle tue nos gens. | |
| Sardis | Messieurs, je crois qu'il nous faut écouter Monsieur de Fronsac avec une grande attention. Ainsi donc chevalier, selon vous la bête ne serait pas un animal ordinaire. Mais nous pensons tous la même chose. Et pour ma part, je suis heureux que vous conveniez de son caractère surnaturel. |
| Fronsac | Mais je ne conviens de rien mon père. Je n'ai que des doutes. |
| Chevalier, avez vous autre chose à nous dire ? | |
| Fronsac | Non monsieur. |
| Messieurs, j'ai reçu ceci de Paris. Capitaine Duhamel, sa majesté a été informée de l'inefficacité de vos tentatives. Elle m'a demandé de vous faire relever de vos fonctions. Vous et vos hommes rejoindrez votre régiment de Langogne sans délai. Le sieur Beauterne, porte-arquebuse du Roi est déjà en route. Sa majesté l'a chargé de tuer ce loup féroce. Et il est seul habilité à chasser sur le diocèse. Messieurs. |
| Fronsac | Vous m'avez donc pardonné ? |
| Marianne | Disons que j'étais curieuse de connaître mon totem. C'est comme ça qu'on dit ? |
| Fronsac | Je dirais une sirène |
| Marianne | Vous n'êtes donc jamais sérieux. Je demanderai à votre Peau-Rouge. Et la bête, l'avez-vous enfin aperçue ? |
| Fronsac | Non. |
| Marianne | Vous ne voulez pas en parler ? |
| Fronsac | Ah, je n'ai rien à en dire que des suppositions absurdes qui me feraient passer pour fou au jardin du Roi. Si je vous disais que la bête est constituée de chair et de fer mélangé, qu'elle est douée de raison, et qu'elle a le don de disparaître à volonté ! Que penseriez-vous ? |
| Marianne | Que l'air de nos campagnes vous fait croire à bien des chimères. |
| Fronsac | Et c'est à croire qu'elle me fuit. |
| Marianne | Vous n'êtes pas là depuis trois mois que vous voudriez déjà en avoir terminé. Croyiez-vous que la bête allait se rendre à votre seule vue ? Peut-être est ce vous qui lui faites peur ! |
| Fronsac | Suis-je donc si effrayant ? |
| Marianne | On savoure d'autant mieux une victoire qu'elle nous a coûté. Jean François m'a dit que vous vouliez partir en Afrique. |
| Fronsac | Pour l'instant ce n'est qu'un rêve de naturaliste qui en a assez de l'hiver. Et vous, vous n'avez jamais envie de découvrir d'autres horizons ? |
| Marianne | Les filles d'ici ont plus de devoirs que d'envies. Vous voyez Sardis, sur les remparts ? |
| Fronsac | Il vous surveille ? |
| Marianne | Oh non, il veille sur moi. Seule avec vous, dans ce parc, dieu sait ce qu'il pourrait m'arriver. Rentrons, notre curé va attraper froid. |
- Bonsoir Chevalier.
| Sylvia | Tu es amoureux ? |
| Fronsac | Je ne sais pas. |
| Sylvia | Moi je sais. |
| Fronsac | Les cartes ? |
| Sylvia | Pour toi, je n'ai jamais eu besoin d'elles mon ami. Alors, buvons. A Mademoiselle de Morangias. |
| Fronsac | Comment ? |
| Sylvia | Son frère était là l'autre soir. |
| Fronsac | Tu as couché avec lui ? |
| Sylvia | Lui, coucher ? Il ne supporte pas qu'on le touche. Il regarde, il boit. Et quand il a beaucoup bu, il parle en dormant, comme tous les hommes. |
| Fronsac | Je parle dans mon sommeil ? |
| Sylvia | Mmm |
| Fronsac | Et que dis-je ? |
| Sylvia | Encore, encore ! Sais-tu comment les Florentines gardent leur mari à la maison ? |
| Fronsac | Non. |
| Sylvia | Elle leur donne chaque matin un poison lent, et chaque soir son antidote. De sorte que le mari qui découche passe une bien mauvaise nuit. |
| Fronsac | Une femme comme toi n'a pas besoin de ça ? |
| Sylvia | Non. Et puis, nous ne sommes mariés. |
| Aide- camp de Beauterne | Place à Antoine de Beauterne, porte-arquebuse de sa majesté, venu délivrer le pays de la bête. |
| Fronsac | Monsieur ! Je suis Grégoire de Fronsac |
| Beauterne | Ah oui! L'envoyé de Buffon ! L'embaumeur-naturaliste. |
| Aide- camp de Beauterne | Monsieur de Beauterne loge chez l'Intendant. Il vous attend à 2 heures précises. |
| Beauterne | Sa Majesté m'a demandé mon avis sur votre rapport. Une fable bien compliquée que tout cela. Je crois, moi, que la bête est un loup. Je partirai en campagne demain, et je ne souhaite pas que vous veniez avec moi. |
| Fronsac | Pourquoi ça ? |
| Beauterne | Il plait au Roi de me charger de cette affaire, jeune homme, et de me laisser gérer la chose, seul. Je n'ai nul besoin de vous pour en finir avec cette histoire. Bon, vous, vous trouverez sur la table une lettre signée par le comte de Buffon et par notre bien-aimé Roi. |
| Fronsac | Je suis à ses ordres, Monsieur. Et croyez-moi, il ne s'agit pas d'un loup. |
| Beauterne | J'ai déjà lu votre mémoire. Ne vous mettez plus en peine de cette bête mon ami. Je m'en occupe. Vous pouvez disposer. |
C'est une femme de Lorcières. Elle rentrait de la foire quand la bête l'a attaquée sur le chemin.
On l'a perdue au sud du Mont Mouchet. Elle s'est comme qui dirait évanouie dans les bois.
Chevalier, la bête a attaqué une fille du côté de Saint Alban.
Dieu m'a puni pour mes péchés. Mes petits ont disparu au Mont Mouchet.
Pas plus que vous je ne crois aux dragons
Son museau était allongé, ses dents, des couteaux
Une fois en treize mois, je l'ai eue au bout de mon fusil
Parle ton beaucoup de la bête à Paris ?
Je l'ai vu s'effondrer et aussitôt ressusciter.
Ma seule certitude en ce qui concerne la bête est que ce n'est pas un loup
La bête n'est donc pas un animal ?
Un loup enragé attaquerait n'importe qui
Alors chevalier, comment la capturer ?
Je suis heureux que vous conveniez du caractère surnaturel de la bête.
Aucun animal n'a des crocs de fer
| Thomas | Chevalier, il faut que vous veniez, tout de suite. |
| Père Georges | Je l'ai vu. Il versait du poison, en prononçant des invocations sataniques. Dieu sait depuis quand ça dure ! |
| (Mani parle en mohawk) | |
| Fronsac | Lâchez-le. Il s'agit d'un remède indien, mon père. |
| Père Georges | Seules nos prières peuvent la délivrer. Mais, elle n'était Un miracle ! |
| Fronsac | Dis-moi, qu'est-il arrivé à ton frère ? |
| Thomas | Un homme avec la bête ? |
| Marquis dApcher | Allons, la petite ne sait pas ce qu'elle dit. |
| Soldier | Oui Monsieur, la
bête est morte. Dix balles dans la peau. Elle ne s'en est pas remise. J'ai fait apporter votre nécessaire. Mettez-vous au travail sans tarder. |
| Fronsac | Ce n'est pas la bête. |
| Soldier | Allez, au travail, Monsieur de Beauterne va arriver. |
| Fronsac | C'est ridicule. Cet animal n'est pas la bête. |
| Soldier | Il faut attendre Monsieur de Beauterne |
| Fronsac | Je n'aime pas tes façons, grande gueule ! |
| Beauterne | Bonjour chevalier. Laisse-nous. Alors Fronsac, ma bête ne vous revient pas ? |
| Fronsac | Qu'est ce que tout cela veut dire, Beauterne ? Cet animal n'est pas la bête, vous le savez bien. Bon sang, sa mâchoire est deux fois plus large que celle ci. |
| Beauterne | Et vous avez tout ce qu'il faut ici pour arranger cela ! |
| Fronsac | Comment ? |
| Beauterne | Comme vous le savez, je dois ramener la bête à Paris, et je n'ai que ce loup. Alors vous allez me fabriquer une bête. |
| Fronsac | Vous espérez faire croire au Roi |
| Beauterne | Mais non Fronsac, j'exécute sa volonté. Vous devriez faire de même, ce serait sage |
| Fronsac | Vous me menacez Monsieur ? |
| Beauterne | A mon âge, allons donc. Vous savez qui je suis. Vous êtes bien trop intelligent pour qu'on ait besoin de vous menacer. Si vous faites votre devoir, le Roi saura se montrer reconnaissant, sinon, il sera très contrarié. Vous avez tout ce qu'il faut, je compte sur vous mon ami. A tout à l'heure. |
En ce jour historique, je voudrais d'abord remercier le chevalier Grégoire de Fronsac, du jardin du Roi. La bête du Gévaudan n'est plus, et c'est un peu grâce à lui. Mais avant tout, grâce à votre majesté. Qu'on se le dise, c'est en votre personne seule que réside la puissance souveraine. Seul un animal pouvait l'ignorer. Cet animal n'est plus. Je n'ai que fort peu de mérite en vérité. Investi de votre puissance, je n'ai eu qu'à paraître dans le Gévaudan pour que la bête rende les armes.
| Fronsac | Monsieur de Buffon, que signifie cette mascarade ? |
| Buffon | Beauterne exécute les ordres qu'il a reçus. Nous devons tous faire de même, n'est ce pas ? |
| Fronsac | Quels ordres ? |
| Mercier | Les miens. |
| Buffon | Je vous présente monsieur Mercier conseillé spécial de sa majesté chargé des affaires intérieures. C'est lui qui a eut l'idée d'envoyer Antoine de Beauterne en Gévaudan. |
| Fronsac | C'est donc à vous Monsieur, que l'on doit cette prompte victoire sur la bête ? |
| Buffon | Vos scrupules vous honorent Fronsac, mais il s'agit de raison d'état |
| Mercier | Avez vous lu ceci ? Vous ne le trouverez plus chez les libraires. Mais gardez-le en souvenir. |
| Fronsac | Vous l'avez fait interdire ? |
| Mercier | Sous couvert de comptes, on n'y bafouait l'autorité du roi. Si nous avions trop attendu, cette histoire pouvait devenir gênante. Les gens sont si crédules. |
| Fronsac | Si je comprends bien, mieux vaut mentir plutôt que de laisser dire des mensonges ? |
| Mercier | La vérité, c'est très compliqué la vérité. Pour gouverner, il faut aller au plus simple. Cette bête nous posait un problème Plus de bête, plus de problème. |
| Fronsac | Elle va continuer à tuer. |
| Mercier | Personne n'en entendra plus parler. C'est ça qui compte. Ah, Fronsac, j'oubliais ! Sa majesté tient à vous remercier pour tout. Elle croit savoir que vous désirez explorer l'Afrique. Dans six mois, une goélette partira de Nantes à destination de nos comptoirs du Sénégal. Si vous le désirez, vous serez du voyage. Bien entendu, nous ne reparlerons plus jamais du Gévaudan, n'est ce pas ? Et bien, Fronsac ? |
Officiellement, la bête était morte. Ce qu'il advint en vérité n'est pas dans les livres d'histoire. On s'est bien gardé de l'ébruiter.
| Fronsac | Il nous souhaite la bienvenue ? |
| Mani | Il veut nous aider. |
| Fronsac | Porte ça au château. Je vous retrouverai plus tard. |
Fronsac laissa à Mani le soin de préparer la chasse. La bête n'était pas la seule raison de son retour dans le Gévaudan.
| Villager | Qu'est ce que c'est ? |
| Fronsac | Est-ce que tu connais la maison de Jeanne et Pierre Boulier |
| Villager | C'est tout droit. C'est la dernière maison du village. |
| Marianne | Je te présente Jeanne, ma nourrice. Grégoire de Fronsac. |
| Jeanne | Pierre, va donc chercher du vin |
| Marianne | Ma mère me fait surveiller. On sait peut être déjà que tu es de retour. |
| Fronsac | Au diable ta famille, je t'arracherai à eux. |
| Marianne | Je ne supporte plus ma mère, ni Jean-François. Je veux partir loin d'ici. |
| Fronsac | Dans une semaine je t'emmène à Paris. |
| Marianne | Pourquoi attendre ? |
| Fronsac | Je repars en chasse. Je l'ai promis au Marquis. |
| Marianne | Je pensais que tu étais revenu pour moi ! |
| Fronsac | Non !
Attention ! Marianne, sauve-toi ! Doucement, sans courir. Approche ! Viens à moi, viens
à moi, viens ! Sauve toi Marianne ! Non |
| Villager | Qu'est ce qui se passe ici ? Pierre, Pierre ! |
| Thomas | Dites-moi chevalier. Pensez-vous vraiment que nous allons trouver cette bête ? J'aurais imaginé que nous saurions plus nombreux. |
| Fronsac | Mani sait ce qu'il fait. Moi c'est un homme que je chasse. |
| Thomas | Un homme ? |
| Fronsac | La bête n'est qu'un instrument, une arme aux mains d'un esprit malade. |
| Thomas | Un assassin agirait plus secrètement ! |
| Fronsac | Tu as raison Marquis, le premier mystère de la bête, c'est sa célébrité. Son maître veut qu'on parle d'elle. Il s'agit de faire peur, de faire du bruit. |
| Thomas | Comment cela ? |
| Fronsac | Ce livre s'est vendu dans tout le royaume. L'auteur soutient que la bête est venue pour punir le roi de son indulgence envers les philosophes. |
| Thomas | Sornettes ! Qui a écrit ça ? |
| Fronsac | Ca je l'ignore ! Mais la bête a un maître, et c'est lui que je veux. |
| Fronsac | Finalement ton arme nous sera peut être utile ! A condition que ce soit toi qui la porte. |
| Thomas | Et toi Mani, tu vas prendre laquelle ? |
| Fronsac | Mani n'aime pas les armes à feu. |
| Mani | Trop de bruit, trop de fumée, mauvaise odeur. |
Tout se passera bien grand-père. Ne vous inquiétez pas. On a tout préparé.
| Thomas | Racontez-moi les Amériques, Chevalier ! |
| Fronsac | Les Amériques ? |
| Thomas | Vous n'y retournerez jamais ? |
| Fronsac | Je n'y ai pas que des bons souvenirs |
| Thomas | Et Mani ? Sa tribu ne lui manque pas ? |
| Fronsac | Sa tribu n'existe plus. Quand nous avons attaqué son village, la variole l'avait déjà décimé. Nous avons reçu l'ordre de passer les survivants par les armes, les femmes, mais aussi les enfants. Seul Mani en a réchappé. |
| Thomas | Comment ? |
| Fronsac | Mon capitaine voulait un interprète Mohawk. Je fus chargé de lui apprendre notre langue, et trois semaines plus tard je le trouvais en train d'égorger le capitaine. |
| Thomas | Pourquoi vous ne l'avez pas dénoncé ? |
| Fronsac | Vous savez comment cet homme-là livrait bataille ? Il donnait à ses éclaireurs des draps et des linges sales pris aux hôpitaux de Québec. Les Iroquois les achetaient, et trois semaines plus tard, nous finissions le travail. |
| Thomas | C'est ainsi qu'on fait la guerre ? |
| Fronsac | En tout cas, c'est ainsi que nous l'avons perdue. |
| Thomas | Où est il passé ? |
| Fronsac | Il est allé parler aux arbres. |
| Thomas | Aux arbres ? |
| Mani | Les arbres parlent ! Les hommes ne savent pas écouter, pas voir ! |
| Thomas | Voir quoi Mani ? |
| Mani | Tu veux apprendre ? |
| Thomas | Qu'est ce que c'est ? |
| Fronsac | Une hostie indienne. C'est à tes risques et périls, marquis. |
| Thomas | Qu'est ce que cela fait ? |
| Fronsac | Cela dépend des gens. Les Indiens prétendent que l'on voit ce qui ne peut être vu. Alors Mani ? |
| Mani | La bête est dans la forêt, les loups nous aideront. |
| Thomas | Je ne vois pas plus. |
| Mani | Cette nuit nous danserons la danse du sang et la bête viendra à nous avec le soleil. |
| Thomas | Cela ne me fait rien, cela ne me fait |
Cette nuit-là, Mani invoqua les Esprits de la forêt dans une langue que le chevalier de Fronsac lui-même ne comprenait pas, et les loups leur amenèrent la bête.
Fronsac : T'en fait pas, va, je vais t'arranger ça.
Jean Chastel: Ca va aller ma belle, je vais te soigner, je vais te soigner, je vais m'occuper de toi, je vais m'occuper de toi.
| Marquis dApcher | Thomas s'est endormi. Il s'en est fallu de peu. Je suis désolé pour l'Indien. |
| Fronsac | Qu'est ce qui se trouve là ? Dites-moi. Quelle est cette demeure ? J'ai besoin de savoir |
| Marquis dApcher | C'est un domaine. Un domaine de chasse. Chevalier, il faut que vous vous reposiez. |
- Sortez les chevaux, emmenez-les !
- Dépêchez-vous, il y a le feu !
Le chevalier revint auprès du corps de Mani. Sa vengeance était loin d'être assouvie. Mais selon la coutume indienne, c'est aux premières lueurs de l'aube qu'il devait aider son ami à rejoindre ses ancêtres.
| Fronsac | Qu'est ce que vous voulez ? |
| Sardis | Le sang n'a que trop coulé sur ces terres. Vous risquez le pire si vous ne quittez le pays au plus vite. |
| Fronsac | Je n'ai pas l'intention de partir, j'ai une affaire à régler |
| Sardis | Vaut elle que vous y laissiez la vie ? |
| Fronsac | Depuis quand savez vous ? |
| Sardis | Je ne sais pas de quoi vous parlez |
| Fronsac | Allons Sardis, comment ? Comment en est-on arrivé à ça ? |
| Sardis | Personne ne vous croira |
| Fronsac | Allez-vous en Sardis |
| Sardis | Dieu vous garde |
| Fronsac | Que le diable vous emporte ! |
| Soldier | Vous êtes en état d'arrestation. En vertu des pouvoirs qui me sont conférés par monsieur l'intendant, je vous prie de nous suivre sans opposer de résistance |
| Fronsac | C'est ridicule. |
| Prisonner | S'il vous plait ! Pitié ! Madame ! |
| Chef, il y a là une dame qui veut vous voir | |
| Machemort | Plus tard ce soir |
| Machemort | Hé, allez, debout, tu as de la visite, là ! |
| Fronsac | Je ne suis plus au secret ? |
| Machemort | Tu nous prends pour qui ? |
| Fronsac | Marianne ? |
| Sylvia | Désolée ! Amène donc un souper à ton invité. |
| Fronsac | Comment ? |
| Sylvia | J'ai beaucoup d'obligés. |
| Fronsac | Tu dois m'aider, il faut que j'écrive au Roi, tu n'as pas idée. |
| Sylvia | Même si je t'aidais, tu serais pendu avant que ta lettre ne lui parvienne. |
| Fronsac | Cela ne se peut, je n'ai pas encore été jugé. |
| Sylvia | Que sais tu de la bête ? |
| Fronsac | C'est un animal dressé recouvert d'une cuirasse. Je l'ai blessé. Depuis quand t'intéresses-tu à tout ça ? |
| Sylvia | Il y a deux ans, une lettre confidentielle de Sardis a été remise au pape. Elle annonçait la constitution d'une société secrète ayant pour but, disons, de faire entendre et de défendre par tous les moyens la parole de l'église. Le pacte. |
| Fronsac | Sardis ! Il se servirait de la bête ? |
| Sylvia | La bête est un avertissement lancé au roi: tenez compte du pouvoir de Dieu ou vous risquez l'apocalypse. Les conjurés se nomment eux-mêmes "les loups de dieu". |
| Fronsac | Le pacte uvre pour l'Eglise ? |
| Sylvia | Sardis ne travaille que pour lui. Les lumières l'ont rendu fou. Et Rome n'a aucun contrôle sur son organisation. |
| Fronsac | Et toi pour qui travailles-tu ? |
| Sylvia | Ceux qui m'emploient me paient aussi pour qu'on ne sache pas qu'ils m'emploient. Et toi, tu en sais bien assez. |
| Laffont | Mademoiselle de Morangias ! Que me vaut cet honneur ? Comment se porte Mme la comtesse ? Je vous en prie, asseyez vous. Et votre père, toujours en cure ? Cet homme là aime trop la bonne chère ! |
| Marianne | Monsieur l'Intendant, vous avez fait arrêter le chevalier de Fronsac. |
| Laffont | Oui. Qui aurait cru qu'un homme comme lui tomberait si bas ? |
| Marianne | Il n'est ni brigand, ni assassin |
| Laffont | Ah bon ? |
| Marianne | Ecoutez ! Le chevalier de Fronsac avait sûrement ses raisons. Ces hommes avaient peut être tué cet Indien qui l'accompagnait. |
| Laffont | Mademoiselle, ça n'a rien à voir. Quand bien même ! On ne venge pas un sauvage avec le sang d'un chrétien. |
| Marianne | Je veux lui rendre visite. |
| Laffont | C'est impossible ! |
| Marianne | Très bien, nous verrons ce que l'on pense de tout ça à Paris ! |
| Marianne ! Vous ne comprenez pas, le chevalier de Fronsac est décédé. Dans la nuit. De toutes façons, on l'aurait pendu. Si on y réfléchit, il a eu de la chance.Il s'est peut être étouffé. A moins qu'il ait attrapé comme une peste dans sa paillasse | |
| Marianne | Cet homme était sous votre responsabilité ! |
| Marianne | Vous mentez ! Vous mentez tous ! |
| Sardis | Soyez courageuse ma fille. C'est la volonté de Dieu. |
| Marianne | Mon père ! |
| Jean- François | Marianne ! Viens, je vais te ramener au château |
| Mademoiselle de Morangias doit prendre un peu de repos. | |
| Jean- Francois | Allez ! |
| Marianne | Non. Non, laisse moi ! |
| Ca suffit, tu ne peux plus rien pour lui. | |
| Il sent déjà bien mauvais. Enterrons le vite, et oublions de mettre son nom sur sa tombe. | |
| Elle a menacé de prévenir le roi, cette fille. Elle est dangereuse. |
On enterra Grégoire de Fronsac le soir même, bien avant que la nouvelle de sa mort ne fut arrivée à Paris. Nul ne savait au juste quels secrets le chevalier emportait dans la tombe. Depuis quelques jours, la bête ne tuait plus, mais la disparition brutale de son plus acharné adversaire avait des airs de sombres présages.
Sylvia - Chut ! Andiamo ! Dépêchez-vous !
| Jean François | Je m'accuse, mon Père, parce que j'ai péché. Pardonnez-moi. Marianne, jour et nuit, je pense à elle. J'entends son cur battre dans ma poitrine à chaque instant. Je veux qu'elle soit à nos côtés Sardis. |
| Sardis | Le seigneur te met à l'épreuve. |
| Jean-Francois | Mais vous ne savez pas ce que j'endure. Toutes ces images; toutes ces images damnées qui me viennent sans cesse. Délivrez-moi mon Père, délivrez-moi, je vous en supplie! |
| Sardis | Au mal qui te ronge, il n'est qu'un remède. |
| Jean-Francois | Non, non, ne bois pas petite sur. Ils veulent te tuer. Mais je les en empêcherai. |
| Marianne | Mais qui, Jean-François ? Qui ? |
| Jean-Francois | Nous allons partir, Marianne. Juste toi et moi. Qu'est ce que tu dirais de l'Amérique ? |
| Marianne | Jean-Francois! |
| Jean-Francois | Tu m'as fait souffrir, tu sais, mais je te pardonne. Je t'en prie, qu'est ce que tu fais ? Qu'est ce que tu fais ? Reste. Tu crois que je veux te faire du mal ? |
| Marianne | Ne t'approche pas s'il te plait. |
| Jean-Francois | Marianne, Marianne, j'ai besoin de toi. C'est toi qui m'as sauvée quand j'étais malade, et personne d'autre. C'est ton visage que je voyais quand je sortais de mes cauchemars, c'est ta main sur mon front qui a chassé les démons. Tu ne peux pas imaginer, Marianne, ce que j'ai fait pour te garder près de moi. Alors je t'en supplie, ne me repousse pas. Pourquoi ? Hein ? Je te dégoûte ? |
| Marianne | Tu ne me fais pas peur. Sors d'ici ! |
| Jean-Francois | C'est à cause de ça ? Ne t'inquiète pas, désormais c'est moi qui m'occuperai de toi. Regarde, personne ne le sait, que Sardis et moi. |
| Marianne | Va-t'en, sors d'ici ! |
| Jean-Francois | Pourquoi ? Pourquoi ? |
| Marianne | Tu n'es pas mon frère. C'est quelqu'un d'autre qui est revenu d'Afrique ! |
| Jean-Francois | Oui, c'est vrai. Et c'est à cause de toi que je suis parti. Marianne, sans toi, rien de tout cela ne serait arrivé. |
| Marianne | C'est ton odeur, c'est ta sale odeur, que cette bête a senti sur moi. |
| Jean-Francois | Oui. Nous sommes du même sang, Marianne, du même sang. |
| Marianne | Quand père reviendra, il te tuera. |
| Jean-Francois | Et si c'était moi qui le tuais ? Depuis le temps qu'il nous gêne. Vas-y,
vas-y, fais-le, vas y vas-y, vas-y, vas-y ! Pourquoi tu ne l'as pas fait ? Ce n'est pas si difficile que ça, pourtant. Regarde ! |
| Marianne | Arrêtes ! |
| Jean-.Francois | Alors, tu m'aimes ? Marianne, je t'aime. |
| Sardis | Frères, le
seigneur me l'a fait savoir, la bête va revenir, annonçant le retour de nos valeurs dans
le royaume en décadence, et de la France nouvelle qui va renaître, nous serons les
princes invisibles, car dieu est avec nous. Le peuple n'a encore rien vu de la colère de dieu, la juste censure du roi va se heurter à la terreur de la populace. Et quand celle ci sera à son comble, alors nous pourrons proposer un marché au roi. S'il n'a pu en soumettre une seule, imaginez, frères, ce qu'il pourrait faire si de toutes les provinces du royaume surgissaient d'autres bêtes L'heure approche, et nous allons récolter ce que nous avons semé. Lisons le livre de Malachi. Les lèvres du prêtre seront les dépositaires de la science. Et c'est de sa bouche que l'on approchera de la connaissance de la loi, car il est l'ange du seigneur des armées. |
| Fronsac | Si quelqu'un adore la bête ou son image. Celui la boira le vin de la colère de dieu. Sera tourmenté dans le feu, et le souffre, devant les anges, la fumée de ces tourments s'élèvera dans les siècles et les siècles. Suis revenu vous nommer devant dieu : Pierre Jean Laffont, Geneviève de Morangias, Maxime des Forests, Gontrand de Moncan, Henri Sardis, Jean-François de Morangias |
| Jean-Francois | Amen! |
- Feu !
- Bande de fils de putain ! Vous êtes tous en état d'arrestation.
| Jean-Francois | Tout fantôme que tu es, je vais te couper en deux. Tu vois, tu n'as plus besoin de retenir tes coups ! |
| Fronsac | Je n'en avais pas l'intention. |
| Jean-Francois | Trop tard Fronsac, la bête est immortelle maintenant. |
| Fronsac | Elle, peut être, pas toi. |
| Fronsac | Sardis t'a dressé comme tu as dressé la bête. |
| Jean-Francois | Et comment as tu su ? |
| Fronsac | Tu signes tes crimes d'une balle d'argent. |
| Jean-Francois | Marianne! Regarde ! |
| Fronsac | Marianne n'est pas là, pauvre fou. |
| Jean-Francois | Tu nous as unis à jamais, chevalier. |
| Duhamel | Alignez-moi ces gratte-culs en rang par un, les gars. |
| Mais pour qui vous prenez-vous ? | |
| Mets-toi par là ! | |
| Quelle injustice ! | |
| Regardez-moi ça, hein ? Ah ! On fait moins les fiers à présent. Où tu vas ? | |
| Allons, pressons ! | |
| Ah, on fait moins les mariolles ! |
| Fronsac | Il est mort |
| Sylvia | Maintenant c'est sûr ! |
| Fronsac | Et Sardis ? |
| Sylvia | Où qu'il aille nous le retrouverons ! Ou bien ce sera la montagne qui se chargera de lui. Et si nous fêtions dignement notre succès? |
| Fronsac | Tu m'as déjà tué une fois ! |
| Sylvia | C'était pour mieux te ressusciter. Je pourrais te présenter à Rome; tu viendrais avec moi. Trop tard, je t'aime bien, Fronsac, tu me fais oublier tous mes devoirs. Vas t'en avant que je change d'avis. |
| Fronsac | Marquis ! Que se passe t-il ? |
| Thomas | C'est Marianne, je l'ai fait emmener chez nous, elle se meurt. |
| Fronsac | Non !!!. Sortez, Dehors, allez-vous en, tous. Marianne, Marianne, réveille toi ! Marianne, Marianne, pardonne moi. Je t'aime. |
| Old Thomas | Bien des années ont passé, mais Grégoire de Fronsac et Marianne de Morangias n'ont jamais quitté ma mémoire. Le monde qui avait créé la bête est en train de mourir, et je dois me hâter, car mon histoire, elle aussi, touche à sa fin. Je me revois encore accompagnant le chevalier au repaire secret de Jean-François de Morangias, où la bête attendait sa dernière heure. |
| Old Thomas | Le vieux guérisseur nous raconta tout ce qu'il savait. Jean-François avait rapporté d'Afrique une bête étrange qui avait mit bas. Il n'avait gardé qu'un seul petit, le plus fort. Avec patience et cruauté, il l'avait dressé à être le plus méchant. Ainsi mourut la bête du Gévaudan. Et moi, Thomas d'Apcher, je suis sans doute le dernier à savoir toute la vérité. |
| crowd | Tu vas mourir ! |
| Old Thomas | Le chevalier me proposa de le suivre en Afrique. Mais le pays était à reconstruire. Je me devais à mes gens, à mes terres. |
| Crowd | Tu vas mourir ! |
| Old Thomas | J'ai souvent songé à Grégoire et à Marianne durant toutes ces années paisibles qui m'amenèrent doucement vers la vieillesse. Je ne les ai jamais revus. Et je me plais à croire qu'ils vécurent heureux, loin d'ici. |